C’est un air de déjà-vu qui flotte dans les couloirs du ministère de la Fonction publique à Libreville. Alors qu’une mission technique du Fonds monétaire international (FMI) vient de boucler son séjour au Gabon, le gouvernement de la Transition sort de son chapeau la carte de l’assainissement budgétaire. L’annonce, faite le 4 mars 2026 par le vice-président du gouvernement Hermann Immongault, cible 1 756 agents en abandon de poste. L’enjeu ? Récupérer plus de 8,181 milliards de fcfa soit 0,85% de la masse salariale actuelle. Pourtant, derrière la fermeté affichée et les menaces de poursuites judiciaires, cette énième traque aux « fonctionnaires fantômes » ressemble fort à un rituel diplomatique destiné à rassurer les bailleurs de fonds. Puisqu’au fond, aucun rapport des audits précédents n’a été rendu public.
L’historique des dernières années plaide en faveur d’un certain scepticisme. En 2018, déjà sous l’impulsion pressante du FMI, le Gabon avait lancé une vaste opération de mise sous bons de caisse. À l’époque, on promettait un « électrochoc » pour dégraisser une administration jugée pléthorique. Le résultat fut pour le moins timide : seulement 5,71 % des agents contrôlés avaient été identifiés comme potentiellement fictifs, un chiffre dérisoire au regard de l’énergie déployée et des soupçons initiaux de fraude massive.
La Transition, à ses débuts en 2024, n’avait pas échappé à la règle. Sous l’autorité du Premier ministre Raymond Ndong Sima, un recensement administratif avait mis en évidence un chiffre vertigineux : près de 13 000 agents potentiellement irréguliers. On estimait alors, déjà, qu’un nettoyage complet permettrait de récupérer environ 8 milliards de fcfa. Deux ans plus tard, le constat est le même, le gouvernement annonce aujourd’hui une perte quasi identique, prouvant que les « fantômes » de l’administration gabonaise ont la peau dure et que les réformes précédentes n’ont été que des coups d’épée dans l’eau.
Aujourd’hui, l’exercice devient périlleux car les chiffres ne mentent plus. La masse salariale du Gabon tutoie désormais la barre symbolique des 1 000 milliards de fcfa, pesant lourdement sur l’équilibre budgétaire du pays. En ressortant cette vieille recette de l’audit à chaque veille de grandes échéances avec les partenaires techniques et financiers, Libreville tente de prouver sa bonne foi. Mais sans sanctions concrètes ni réforme structurelle du système de solde, cette nouvelle offensive risque, comme les précédentes, de n’être qu’un simple habillage statistique pour masquer une hémorragie financière que l’État peine à stopper.














