La réforme de la Taxe forfaitaire d’habitation (TFH) est un tournant brutal dans la fiscalité locale. Pourtant annoncé à un rendement modeste de 2,8 milliards fcfa, cette taxe votée au parlement, devrait désormais générer 22,6 milliards fcfa par an, soit près de huit fois plus. L’objectif affiché par le gouvernement est de financer les investissements territoriaux. Mais cette montée en puissance soulève une question centrale : qui supportera réellement l’effort fiscal ?
La fiscalité apparaît une nouvelle fois comme le principal levier mobilisé par l’État. Avec la nouvelle TFH basée sur un forfait géographique par zones, l’assiette est élargie et la collecte standardisée. Selon le ministère de l’Économie, cette réforme permettrait de dégager 17,9 milliards fcfa de recettes additionnelles, malgré une baisse parallèle du taux de la contribution pour l’amélioration du cadre de vie de 9% à 7%, qui entraîne une perte de 1,8 milliard de fcfa. Le gain net reste donc largement positif pour les finances publiques.
Les recettes issues de la TFH réformée seront orientées vers le Fonds d’initiative départementale (FID), censé financer des projets de proximité : voiries, habitat, équipements collectifs. En théorie, ces ressources doivent renforcer le développement local et corriger les inégalités territoriales. En pratique, le FID reste marqué par une exécution budgétaire inégale et une visibilité limitée des projets financés. Sans amélioration de la gouvernance et de la traçabilité, l’impact économique réel de ces 22,6 milliards fcfa demeure incertain.
Cette réforme s’inscrit dans une nouvelle stratégie budgétaire pour un État aux dépenses de fonctionnement colossales. En 2026, l’État gabonais prévoit de consacrer 157 milliards de fcfa rien qu’aux fonds de souveraineté rattachés à la Présidence de la République, dans un contexte de besoins d’investissement élevés et de marges budgétaires contraintes. La hausse de la TFH apparaît ainsi comme un maillon d’un effort global de mobilisation des ressources internes, où la fiscalité des ménages devient un pilier du financement public.
Mais derrière la performance budgétaire, un risque économique et social. Pour de nombreux foyers, la TFH représente une nouvelle charge dans un contexte de revenus stagnants et de dépenses contraintes en hausse. Comme souvent, l’efficacité de la réforme dépendra moins des montants annoncés que de leur traduction concrète dans la vie quotidienne. Sans retombées visibles et rapides, la promesse de justice fiscale pourrait se transformer en symbole d’un décalage persistant entre l’État et les contribuables.











