Le marché financier régional voit l’État gabonais s’appuyer de manière croissante sur les banques locales pour couvrir ses besoins de financement. Le rapport de la BEAC met en lumière cette dépendance mutuelle : les établissements de crédit gabonais détiennent une part de plus en plus significative des Bons et Obligations du Trésor, devenant les piliers de la dette publique.
Pour les banques, la détention de titres souverains offre un rendement garanti par les recettes pétrolières, avec un risque de défaut perçu comme faible. Cependant, cette stratégie de placement facile crée un effet d’éviction massif. Les capitaux qui sont « aspirés » par l’État pour financer son train de vie ne sont plus disponibles pour financer les projets d’investissement des entreprises.
Cette situation fait des banques les « assureurs » de l’État. En période de tension sur les liquidités régionales, le gouvernement sollicite ses partenaires bancaires locaux pour éviter le défaut de paiement ou pour financer des projets d’urgence. Ce lien crée un risque systémique : la santé du secteur bancaire devient intimement liée à la solvabilité immédiate du Trésor Public.
Le secteur privé se retrouve ainsi au second plan des priorités bancaires. Un entrepreneur gabonais est aujourd’hui en compétition directe avec son propre État pour obtenir un prêt. Face à un État capable d’absorber des volumes massifs à des taux attractifs pour les banques, le « petit » emprunteur privé n’a que peu de chances d’être entendu.
Si ce modèle permet au pays de maintenir ses engagements financiers à court terme, il fragilise les fondements de la croissance future. Le secteur bancaire, en devenant le bailleur de fonds prioritaire du secteur public, délaisse son rôle de moteur de l’économie réelle, transformant le système financier en une simple chambre de compensation pour la dette de l’État.














