L’injonction du ministère de l’Intérieur demandant aux responsables religieux de justifier leur statut pour éviter la taxe d’habitation a révélé une zone grise fiscale majeure. Au-delà de l’aspect religieux, c’est la gestion du foncier urbain qui est en jeu. Les lieux de culte occupent des surfaces considérables dans Libreville, souvent sans titre de propriété formel ou avec des statuts d’occupation flous. Cette mesure est une tentative de recensement qui ne dit pas son nom.
L’absence de transparence sur l’assiette fiscale réelle représentée par les édifices religieux alimente les spéculations. Si l’exonération est la règle, elle constitue un manque à gagner substantiel pour les caisses municipales, surtout pour les « églises de réveil » installées dans des bâtiments commerciaux détournés. Le fisc cherche ici à faire la distinction entre l’activité spirituelle non lucrative et les entreprises religieuses générant des flux financiers non taxés.
Le délai de 24 heures imparti était techniquement irréaliste pour de nombreuses structures. Cela suggère que l’objectif n’était pas seulement la collecte immédiate, mais une démonstration de force administrative pour inciter à la formalisation. Et c’est une bonne chose quand on sait que ces entreprises génère un cash flow très important. Cependant, sans une publication claire du nombre d’exemptions accordées, le risque est de voir s’installer un arbitraire fiscal où certaines congrégations seraient plus protégées que d’autres.
Sur le plan économique, la taxe d’habitation est un pilier du financement des services urbains. Si une part significative du bâti urbain échappe à l’impôt sous couvert de religion, la pression fiscale se reporte injustement sur les ménages et les entreprises. Le Gabon doit clarifier le statut économique des organisations cultuelles, à l’instar des standards internationaux, pour assurer une répartition équitable de l’effort fiscal.
Ce dossier est révélateur du besoin de modernisation du cadastre gabonais. L’État doit passer d’une gestion par injonction à une gestion par la donnée. Identifier précisément qui occupe quoi et à quel titre est la première étape d’une réforme fiscale réussie, où même le sacré doit trouver sa place dans les comptes de la nation.














