Le monde des affaires n’a pas de mémoire, il n’a que des intérêts. C’est le constat frappant que l’on tire du méga-deal de 600 milliards de fcfa avec Trafigura, où la République gabonaise s’affiche fièrement aux côtés du cabinet américain Mayer Brown. Pourtant, en 2018, ce même cabinet était le bras armé juridique de Veolia dans le bras de fer sanglant qui l’opposait à l’État gabonais pour le contrôle de la SEEG.
À l’époque, les avocats de Mayer Brown ne ménageaient pas leurs efforts pour fustiger les autorités de Libreville devant les tribunaux internationaux. Aujourd’hui, les mêmes experts, menés par Olivier Mélédo, murmurent à l’oreille des décideurs pétroliers du pays. Ce revirement spectaculaire interroge sur la stratégie de défense de nos intérêts : avons-nous pardonné, ou sommes-nous simplement devenus dépendants d’une expertise que nous ne trouvons pas ailleurs ?
Le pragmatisme de la « Ve République » semble ici atteindre son paroxysme. En engageant ses anciens détracteurs, Libreville s’offre une « armada » qui connaît déjà parfaitement les failles du système gabonais. C’est un pari risqué où l’on confie les clés du coffre pétrolier à ceux qui, hier encore, tentaient de le faire saisir au profit d’intérêts étrangers.
Dans les couloirs du ministère de l’Économie, ce choix fait grincer des dents mais s’impose par une nécessité technique. Le montage avec Trafigura est d’une complexité telle que l’État a préféré s’allier à des « mercenaires » de haut vol plutôt qu’à des partenaires historiques moins outillés. Mais à quel prix politique cette réconciliation s’opère-t-elle ?
Au-delà du montant astronomique de la transaction, c’est ce message envoyé aux investisseurs qui interpelle : au Gabon, les ennemis d’hier peuvent devenir les architectes de demain, pourvu que le deal en vaille la peine. Mayer Brown signe ici son grand retour dans le « Saint des Saints » de la finance gabonaise, par la grande porte des hydrocarbures qui plus est.














