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Gabon : l’or noir à 114 dollars, entre euphorie budgétaire et spectre d’une inflation importée

Pour le Trésor public gabonais, le franchissement du seuil des 114 dollars par le Brent constitue une aubaine comptable inattendue. La Loi de Finances 2026 ayant été élaborée sur une hypothèse prudente autour de 70-75 dollars le baril, l’écart de prix actuel génère des plus-values fiscales et des redevances pétrolières massives. Cette manne providentielle pourrait permettre à l’État de réduire plus rapidement que prévu son déficit budgétaire ou d’accélérer le financement des grands chantiers d’infrastructure de la Transition.

Toutefois, cette euphorie financière est immédiatement tempérée par la menace d’une inflation importée dévastatrice pour le pouvoir d’achat. Le Gabon, bien que producteur de brut, reste structurellement dépendant des importations de produits raffinés et de denrées alimentaires de base. Avec l’explosion du coût du carburant à l’international et du fret maritime comme l’a déjà annoncé MSC avec sa surtaxe de guerre, le prix des produits de première nécessité sur les étals de Mont-Bouët et de Nkembo risque de connaître une hausse mécanique dans les prochaines semaines.

Le dilemme est d’autant plus vif que le gouvernement a acté, dans son budget 2026, une réduction drastique des subventions aux prix des carburants. Initialement prévue pour assainir les finances publiques, cette mesure de « vérité des prix » arrive au pire moment possible : celui d’un choc pétrolier mondial. Si l’État répercute intégralement la hausse de 114 dollars à la pompe, le coût du transport urbain et des marchandises pourrait s’envoler, provoquant une grogne sociale difficile à contenir.

En parallèle, le secteur privé gabonais exprime déjà ses inquiétudes face à l’augmentation des coûts de production. Les industries locales, très gourmandes en énergie, et les entreprises de BTP voient leurs marges s’éroder sous la pression du prix du gasoil industriel. L’enjeu pour les autorités de Libreville est donc de trouver un équilibre subtil : utiliser le surplus de recettes pétrolières pour amortir le choc social sans pour autant renoncer à la discipline budgétaire exigée par les partenaires financiers internationaux comme le FMI.

Cette crise au Moyen-Orient place le Gabon devant un paradoxe classique des économies rentières : la richesse du sous-sol devient une source de fragilité intérieure. Si les 114 dollars par baril offrent une bouffée d’oxygène aux finances de l’État, ils agissent aussi comme un impôt indirect sur les ménages les plus vulnérables. La gestion de cette « manne de crise » sera le véritable test de résilience pour l’exécutif gabonais tout au long de ce premier semestre 2026.

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