C’est une petite révolution qui risque de faire grincer les dents dans les lycées de Libreville. Selon les articles 16 et 17 du texte relatif à l’usage des réseaux sociaux au Gabon, la « majorité numérique » est désormais fixée à 16 ans. En clair, avant cet âge, l’accès aux réseaux sociaux est interdit, sauf pour des motifs éducatifs. Une décision qui part d’une intention louable, protéger nos enfants, mais qui ressemble fort à un coup d’épée dans l’eau technologique.
On imagine déjà les agents de l’administration tenter de vérifier l’âge de chaque utilisateur de TikTok ou Snapchat. Dans un pays où la jeunesse représente la majorité de la population, exclure les moins de 16 ans du débat numérique revient à couper le micro à une génération entière. L’ironie est savoureuse : on les incite à la digitalisation à l’école, mais on leur ferme la porte de la place publique virtuelle dès qu’ils rentrent chez eux.
Derrière l’argument de la protection des mineurs, se cache peut-être une volonté de contrôler un électorat futur, déjà très actif sur les plateformes. En privant les jeunes de 14 ou 15 ans d’un espace d’expression, on s’assure un certain calme social, loin des vidéos virales qui font parfois trembler les institutions. C’est le « filtre jeunesse » version autoritaire.
Comment les plateformes vont-elles appliquer cette mesure ?
La loi leur impose des mécanismes de vérification stricts. Si elles échouent, ce sont elles qui paieront. On risque donc de voir des géants comme Meta bannir massivement les comptes suspects par simple principe de précaution, sans aucune forme de procès, privant des milliers de jeunes même de plus de 16 ans d’un outil de sociabilisation devenu indispensable.
En fixant cette barrière, le Gabon s’illustre par une sévérité que peu de nations ont osé mettre en œuvre avec autant de rigidité. On protège l’enfant, certes, mais on commence surtout par le faire taire. Reste à savoir si la jeunesse gabonaise, passée maître dans l’art de contourner les restrictions, ne trouvera pas dans les VPN une nouvelle forme de majorité précoce. A noter que 16 ans c’est l’âge de la moitié de la population gabonaise, cette ordonnance s’apprête donc à priver de réseaux sociaux, la moitié de sa population.














