La crise qui secoue l’Éducation nationale a franchi un nouveau palier avec la diffusion d’une lettre ouverte de la base de SOS Éducation adressée à la ministre de tutelle. Le texte, largement relayé sur les réseaux et dans les groupes professionnels, tranche par son ton direct et sa charge politique assumée. Dès l’entame, les enseignants posent le cadre : « Quand l’école s’effondre, c’est la nation qui s’écroule. Et aujourd’hui, l’école gabonaise est en détresse. » Une phrase qui résume à elle seule le sentiment d’abandon et de rupture qui traverse aujourd’hui le corps enseignant.
Au cœur de la lettre, une mise au point sans ambiguïté sur la nature du mouvement. « Nos revendications ne sont ni caprices ni excès », écrivent les enseignants, rappelant qu’elles reposent sur « des droits acquis, sur des engagements de l’État bafoués, sur un cahier de charges clair et connu ». La base insiste sur le caractère légitime de la grève, soulignant que « réclamer son dû n’est pas une provocation : c’est un acte de dignité et de justice », dans un contexte où certains attendent depuis plus de dix ans la régularisation de leur situation administrative.
La lettre assume également la comparaison avec d’autres corps de l’État, devenue centrale dans la mobilisation. « Pendant que les enseignants attendent parfois plus de dix ans pour la régularisation de leur situation administrative, d’autres corps de l’État bénéficient de primes et d’avantages nouveaux », dénoncent-ils. Tout en affirmant respecter les forces de défense, les signataires refusent clairement « une République à deux vitesses », rappelant que « former les esprits de demain n’est pas une fonction secondaire : c’est le socle de toute nation ».
Le texte durcit ensuite le ton face aux méthodes de gestion du conflit. « Les manœuvres, les manipulations et les arrestations arbitraires ne nous feront pas plier », affirment les enseignants, évoquant notamment l’interpellation du syndicaliste Marcel Libama. Le message est explicite : « La peur ne nous gouverne plus », et « chaque intimidation renforce notre résistance ». La lettre rejette toute tentative de corruption ou de neutralisation ciblée des leaders, estimant que « ces pratiques ne sont qu’un aveu de désespoir et de faiblesse ».
L’un des passages les plus marquants concerne la mémoire des enseignants disparus. Les signataires citent Alexandre Nguema Bibang, professeur d’histoire-géographie décédé en classe devant ses élèves le 1er septembre 2025. Ce drame, écrivent-ils, « n’est pas un fait divers », mais « le symbole d’un système qui épuise ses enseignants jusqu’à la mort, sans les protéger ». En convoquant ce souvenir, la lettre donne à la grève une dimension morale et humaine qui dépasse largement la question salariale.
La base de SOS Éducation se dit prête au dialogue, mais pose une ligne rouge claire. « Madame la Ministre, il est encore temps », écrivent les enseignants, appelant à « reconnaître les erreurs, ouvrir un dialogue sincère et résoudre les points du cahier de charges ». Faute de quoi, préviennent-ils, la mobilisation se poursuivra. La formule finale, incendiaire « No money, no work », acte un rapport de force désormais assumé, et confirme que la crise éducative est devenue un test politique majeur pour l’État gabonais.











