Le confort de l’anonymat numérique appartient désormais au passé. L’article 4 de la nouvelle ordonnance portant réglementation de l’usage des réseaux sociaux via les plateformes numériques ne fait pas dans la dentelle : tout utilisateur résidant au Gabon doit pouvoir justifier de son identité numérique. Mais l’administration va plus loin en introduisant le Numéro d’Identification Personnelle (NIP) comme sésame pour exister sur les plateformes. Un zèle administratif qui transforme une simple connexion en une déclaration d’état civil.
Lutter contre la cybercriminalité
Officiellement, il s’agit de lutter contre la cybercriminalité et les discours de haine. Mais dans les faits, cette mesure lie de manière indélébile chaque commentaire, chaque « like » et chaque critique à un dossier administratif bien réel. On se demande bien pourquoi l’État éprouve ce besoin soudain de savoir exactement qui se cache derrière chaque profil, au point d’imposer un numéro qui sert habituellement à voter ou à obtenir son passeport.

La question de la sécurité des données se pose avec une acuité particulière. En exigeant cette traçabilité, le régulateur oblige les géants du Web à collaborer avec les bases de données nationales. Est-on prêt à confier la clé de nos jardins secrets numériques à des algorithmes qui, eux, n’ont rien d’anonyme ? C’est la question que se posent les Gabonais concernés par cette mesure. L’ironie veut que pour protéger le citoyen, on commence par le déshabiller de sa vie privée.
Fin de l’anonymat
Pour les plateformes, c’est un casse-tête technique ; pour l’internaute, c’est une épée de Damoclès. La fin de l’anonymat est souvent le prélude à une auto-censure salvatrice. Si chaque mot est traçable via votre NIP, il y a fort à parier que l’enthousiasme pour le débat public va connaître une cure d’austérité spectaculaire.
Cette disposition ressemble à une mise sous surveillance qui ne dit pas son nom. En voulant assainir le web, le texte crée une base de données de citoyens connectés, identifiables à la moindre virgule de travers. On attend avec impatience de voir comment le NIP, censé simplifier la vie des Gabonais, va devenir leur plus fidèle mouchard numérique.














