Sur instruction du président Brice Clotaire Oligui Nguema, le ministère des Transports annonce l’arrivée prochaine du permis de conduire digitalisé, présenté comme un symbole de l’entrée du Gabon dans l’ère du numérique administratif. L’objectif affiché est clair : sécuriser le titre, lutter contre la fraude et fluidifier les contrôles routiers, tout en simplifiant la vie des usagers.
Dans un pays où la circulation de faux permis et l’absence de bases de données fiables compliquent l’action des forces de l’ordre, la dématérialisation du permis apparaît, sur le principe, pertinente. Adossée à un registre national des conducteurs et des véhicules, elle pourrait améliorer la traçabilité, renforcer la sécurité routière et professionnaliser un secteur longtemps marqué par l’informel.
Mais là encore, la réforme soulève des interrogations concrètes. Quelle articulation avec les systèmes de contrôle existants ? Quel niveau d’équipement des forces de sécurité pour lire et vérifier ces permis digitaux sur l’ensemble du territoire ? Et surtout, quel accès pour les usagers dans les zones rurales ou à faible couverture numérique ? Sans réponses claires, le risque est celui d’une fracture administrative supplémentaire.
Le permis digitalisé peut devenir un outil structurant s’il s’inscrit dans une réforme globale et cohérente du transport terrestre. À l’inverse, s’il reste un projet isolé, sans interconnexion réelle ni déploiement homogène, il ne sera qu’un signal politique de modernité. Dans un pays où les attentes en matière de sécurité et de services publics sont élevées, le numérique ne sera jugé crédible qu’à l’épreuve du terrain.











