La Ve République a proclamé des principes d’égalité républicaine, mais sur le terrain des collectivités locales, la présence effective des femmes reste inégale, parfois symbolique, souvent invisible. L’exemple de la commune d’Owendo illustre cette contradiction : des femmes actrices de terrain, compétentes et loyales, sont écartées des positions décisionnelles au moment où leur voix serait la plus nécessaire.
Une invisibilisation inquiétante, de la femme bâtisseuse
La marginalisation décrite n’est pas anodine : il s’agit d’une invisibilisation institutionnelle de femmes qui ont pourtant construit des réseaux, mobilisé des électeurs et porté des projets locaux. Le retrait, au dernier moment et sans justification, d’une militante de premier plan de la coordination d’Owendo montre comment des mécanismes internes de pouvoir peuvent neutraliser des parcours féminins exemplaires. Cet effacement prive la démocratie locale d’une diversité de perspectives et affaiblit la légitimité des décisions prises au nom de la population.
Le cas Owendo : l’exemple frappant d’un effacement silencieux
Owendo, commune clé du Grand Libreville, est devenue le symbole d’un paradoxe. Malgré des femmes reconnues pour leur rigueur et leur engagement, aucune n’occupe aujourd’hui un poste de coordination communale (maire ou maire adjoint). Ce vide institutionnel soulève deux enjeux majeurs : la représentation politique (qui parle au nom des femmes ?) et la confiance électorale (comment convaincre les électrices que leurs intérêts sont entendus si elles sont absentes des instances dirigeantes ?). Le retrait inexpliqué d’une candidate validée par le parti et le fondateur révèle la persistance de logiques discrétionnaires qui privent les femmes d’accès effectif au pouvoir.
La loi sur les quotas : un levier sous-utilisé
La législation gabonaise impose désormais qu’au moins 30 % des postes dans l’administration soient dévolus aux femmes. C’est ce que dit la loi N°009/2016 du 05/09/2016 du 5 septembre 2016 fixant les quotas d’accès des femmes et des jeunes aux élections politiques et celui des femmes aux emplois supérieurs de l’Etat. Cette règle est un progrès formel majeur : elle reconnaît la nécessité d’une représentation minimale et contraignante.
Mais l’exemple d’Owendo montre que l’existence d’une loi ne suffit pas ; son application dépend de la volonté politique interne des partis et des collectivités locales. Sur onze (11) maires dans la commune, il n’y a aucune femme de l’UDB. Sans contrôles effectifs, sanctions ou dispositifs d’accompagnement, le quota peut rester une façade, contourné par des arbitrages informels. La correction de ces déséquilibres exige une refondation des pratiques internes aux partis et des processus de nomination au sein des partis.
Reconnaître pour transformer : une urgence démocratique
Les femmes bâtisseuses, militantes, responsables locales et cadres existent et sont prêtes à assumer des responsabilités. Les députés Nora Kassa, Laurence Ndong, Fouefoue Sandjo Elodie, Bindang Ondzigui épse Mintogo Nkogo… pour ne citer que celles-là, ont gagné leurs places à l’Assemblée nationale par leur engagement et leurs efforts sur le terrain du combat politique. Le véritable test démocratique est de transformer cette disponibilité en pouvoir partagé et visible. Ne pas le faire, c’est non seulement contrevenir à l’esprit de la loi sur les quotas, mais affaiblir la qualité de la gouvernance locale et la confiance des citoyennes et citoyens.
Owendo n’est pas une exception isolée mais un symptôme de la persistance de pratiques qui privent les femmes de responsabilités publiques. La loi sur le quota de 30 % est une étape nécessaire mais insuffisante. Il faut une combinaison d’engagement partisan, de mesures contraignantes et d’une culture politique rénovée pour que les femmes cessent d’être des bâtisseuses invisibles et deviennent des actrices pleinement reconnues du pouvoir local.








