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Référendum 2024 : décentralisation et développement local, une utopie face à la réalité ?

le coup de coeur

La nouvelle constitution gabonaise dont la campagne référendaire a débuté le 6 novembre dernier avec pas moins de 28 milliards de fcfa alloués, semble ouvrir la voie à une gouvernance locale renforcée à travers une politique de décentralisation ambitieuse (Articles 155-159). Si l’idée paraît séduisante sur le papier, elle se heurte néanmoins à plusieurs obstacles majeurs. L’État promet une décentralisation « efficace et équitable » en transférant des compétences aux collectivités locales. Pourtant, la réalité du terrain montre que la plupart des administrations locales ne sont pas prêtes à gérer ces nouvelles responsabilités.

En effet, de nombreuses collectivités locales manquent de personnel qualifié, d’infrastructures et d’expertise pour administrer efficacement leurs territoires. Le risque de mauvaise gestion et d’inégalité entre les régions riches et pauvres pourrait s’accentuer, notamment dans les zones rurales délaissées par l’État. Or, la réussite de la décentralisation repose sur une allocation adéquate des ressources. Le texte reste vague sur les modalités de calcul et de distribution de ces ressources, ouvrant une nouvelle fois la porte à des déséquilibres économiques profonds entre régions.

Une véritable politique d’appui

Le budget 2025 prévoit par exemple, une dotation de 825,3 milliards fcfa pour la masse salariale publique, mais une question cruciale demeure : quelle proportion de ces fonds sera effectivement allouée aux collectivités locales ? Sans une répartition équitable, ces collectivités risquent de se retrouver encore plus démunies face à l’ampleur des tâches à accomplir. Par ailleurs, une réforme aussi profonde devrait s’accompagner d’une véritable politique d’appui technique et financier pour garantir que les autorités locales puissent pleinement jouer leur rôle dans le développement économique régional. Pour l’heure, c’est le néant.

Dans ce contexte, la décentralisation pourrait accroître le phénomène de concentration du pouvoir local, en cas de mauvaise gestion des autorités locales, amplifiant les inégalités au sein même des régions. Ce n’est pas l’hyperprésidentialisation attendue qui réglera ce problème. Si la politique d’autonomisation des collectivités locales n’est pas accompagnée d’une supervision rigoureuse et d’une incitation à la transparence, cela pourrait entraîner des dérives dans la gestion des ressources et un renforcement de l’influence de certains élus locaux sur les autres.

En définitive, la décentralisation, question cruciale de développement au Gabon, ne doit pas être une simple promesse inscrite dans la Constitution, mais une réforme soutenue par des ressources tangibles et des mécanismes de contrôle rigoureux. Le risque d’échec est trop grand si l’État ne s’assure pas d’abord de la capacité des administrations locales à absorber les nouvelles compétences qui leur seront confiées. Une politique de formation continue des cadres locaux et un accompagnement renforcé par l’État semblent incontournables pour éviter la dérive administrative. D’autant que notre administration est l’une des moins performantes du continent selon l’indice Mo Ibrahim. 

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