Le sommet extraordinaire de la CEMAC du 22 janvier 2026 à Brazzaville acte une urgence monétaire : la zone ne veut pas revivre les scénarios de rupture de confiance qui précèdent toujours les ajustements de change. Dans le viseur, la capacité de la BEAC à défendre la parité du franc CFA, dans une conjoncture où la discipline collective s’effrite vite dès que les prix des matières premières se retournent. Le discours officiel insiste sur “la stabilité”, mais la réalité c’est une bataille sur les flux de devises.
À ce stade, la pression se lit déjà dans la “vraie vie” des prix et des importations : 1 euro vaut 655,957 fcfa, par construction (ancrage à l’euro), ce qui fige mécaniquement le coût de tout ce qui est facturé en zone euro. Pour le dollar, l’histoire est plus volatile : autour du début janvier 2026, 1 USD gravitait autour de environ 558 fcfa, et il s’échange plutôt dans une zone 560–565 fcfa selon les jours de janvier. Or une grande partie des intrants (énergie, fret, services) et des paiements pétroliers se raisonnent en dollars : chaque glissement USD/XAF se diffuse vite dans les coûts.

C’est ce qui explique le durcissement sur le rapatriement des recettes d’exportation : la CEMAC veut forcer les opérateurs – surtout extractifs – à domicilier davantage de devises et donc à regarnir les réserves. L’enjeu est autant macro (réserves, crédibilité) que micro (liquidité bancaire locale, capacité des États à payer importations et dette). La séquence n’est pas nouvelle : depuis fin 2024, la région a déjà poussé des mesures de rapatriement/centralisation qui ont même déclenché des tensions politiques et industrielles autour de fonds logés à l’étranger.
L’autre pilier, c’est la discipline budgétaire : alignement sur les critères de convergence et cohérence avec les programmes FMI. Autrement dit, la BEAC ne veut plus compenser indéfiniment les déficits nationaux par des ajustements techniques. La généralisation du Compte Unique du Trésor et la digitalisation des régies financières visent à fermer les “fuites” (comptes parallèles, sous-déclarations, retards de remontée d’information) et à mieux piloter la trésorerie publique. Sur le papier, c’est la boîte à outils classique d’une zone monétaire qui se durcit.
Le vrai test, ce sera l’exécution avant les réunions de printemps 2026 : la BEAC et la Commission doivent produire un rapport d’étape avec des indicateurs et calendriers. Et la CEMAC a un problème de fond : sa croissance attendue reste modérée, donc la zone ne peut pas “sortir par le haut” juste en accélérant. Selon la Banque mondiale, la croissance CEMAC serait 3,3 % en 2026 et 3,5 % en 2027, quand l’ensemble de l’Afrique subsaharienne est projeté à 4,3 % et 4,5 %. Autrement dit : si les réformes n’augmentent pas rapidement la génération de devises, la tentation du “dernier recours” (ajustement de change) reviendra dans le débat.











