L’annonce a fait l’effet d’une onde de choc dans les milieux financiers de la zone CEMAC. En affichant un total bilan de 7 428 milliards de fcfa pour l’exercice 2025, le Groupe BGFIBank franchit un seuil psychologique, il pèse désormais plus lourd que le budget annuel de l’État gabonais. Si cette performance consacre le génie managérial de l’institution, elle installe une situation inédite où une entité privée dispose d’une puissance de feu supérieure à la puissance publique qui l’a vue naître.
Ce gigantisme pose d’emblée la question du risque systémique, le fameux « Too Big to Fail ». En concentrant une telle part de la richesse nationale et régionale, BGFIBank devient le pivot central, mais aussi le maillon faible potentiel de toute l’économie. Une simple zone de turbulence pour le groupe ne serait plus un problème bancaire, mais une crise d’État. Cette hypertrophie financière crée une dépendance structurelle où la survie économique du pays est intrinsèquement liée à la santé de fer d’une seule enseigne.
L’asymétrie de pouvoir est également flagrante sur le marché de la dette. Avec une telle liquidité, le groupe se positionne comme le premier créancier des États de la sous-région. Lorsque le bilan d’une banque surpasse le budget souverain, le rapport de force s’inverse : ce n’est plus l’État qui régule par sa puissance financière, mais la banque qui, par ses décisions de crédit, dicte le rythme des investissements publics. Cette position de « faiseur de rois » interroge sur la réelle autonomie de décision des autorités face à leur principal bailleur.
Sur le terrain de la concurrence, cette hégémonie installe une forme de monopole de fait qui peut s’avérer étouffant pour l’écosystème. En captant l’essentiel des dépôts (4 263 milliards) et en dominant les secteurs stratégiques comme les mines et l’énergie, BGFIBank laisse peu d’oxygène aux acteurs de taille moyenne. Ce déséquilibre risque de limiter l’innovation financière et de réduire l’accès au crédit pour les PME qui ne rentrent pas dans les critères d’un mastodonte habitué aux projets structurants à plusieurs zéros.
Enfin, derrière l’euphorie des dividendes distribués (36,8 milliards), l’entrée en bourse et le nouveau plan « BGFI 2030 » sonnent comme une fuite en avant vers une globalisation nécessaire. Pour l’État gabonais, le défi sera de cohabiter avec ce « Léviathan » financier. Car si avoir un champion national est une fierté, voir ce champion devenir plus puissant que son propre arbitre impose une refonte urgente des mécanismes de régulation pour éviter que l’économie nationale ne devienne, à terme, une simple filiale de sa principale banque.














