L’histoire administrative vient de s’écrire au stylo rouge à la Direction Générale des Impôts (DGI). En confiant les rênes de cette régie financière ultra-stratégique à Édith Laure Oyaya épouse Mbiguidi, le Conseil des ministres brise un plafond de verre historique. Pour la toute première fois depuis la création de cette direction, l’exécutif choisit de porter une femme à la tête de l’appareil de collecte de l’impôt au Gabon. Cette nomination, qui propulse une technicienne de la maison au sommet des finances, est un tournant irréversible dans la géographie du pouvoir de la haute administration gabonaise.
L’arrivée d’Édith Laure Oyaya épouse Mbiguidi à la tête de la DGI consacre la mise en œuvre de l’approche genre au sein des postes de souveraineté. Loin d’être un simple outil de communication ou un affichage de parité de salon, ce choix démontre la volonté politique du président Brice Clotaire Oligui Nguema de valoriser la compétence pure, indépendamment du genre.
Un signal fort pour les femmes
L’administration fiscale, traditionnellement considérée comme la chasse gardée d’une technocratie masculine, se décline désormais au féminin, ouvrant la voie à une modernisation managériale attendue par les agents. Ce signal fort envoyé à la République des hauts fonctionnaires redéfinit l’organigramme des régies et crée un précédent stimulant pour le leadership féminin national.
Cependant, les réjouissances politiques vont devoir céder la place à la froideur de la feuille de route budgétaire rectifiée. La nouvelle directrice générale hérite d’une situation financière extrêmement tendue, marquée par un tarissement des recettes budgétaires nettes de l’État qui s’effondrent à 2 928,2 milliards de fcfa dans le nouveau projet de loi de finances rectificative (PLFR) 2026. Ce montant accuse un recul sec de 879,8 milliards de fcfa par rapport aux prévisions initiales qui tablaient sur une mobilisation souveraine de 3 808 milliards de fcfa. La patronne du fisc devra donc déployer une ingéniosité redoutable pour élargir l’assiette fiscale dans un contexte macroéconomique où la croissance nationale globale est révisée à la baisse, passant de 6,5% à seulement 4 %.
Défi de l’optimisation des recettes non pétrolières
Le défi le plus périlleux réside dans l’optimisation des recettes non pétrolières, alors que l’économie nationale subit les contrecoups opérationnels de la diversification. Édith Laure Oyaya épouse Mbiguidi devra impérativement compenser l’effondrement spectaculaire des filières industrielles hors hydrocarbures, à l’instar du caoutchouc dont la production s’écroule de 76,9 % (à 0,6 millier de tonnes) et du bois débité qui plonge de 36,2% (à 0,989 million de m³). Avec un tissu corporate local fragilisé par ces contre-performances sectorielles, la DGI se retrouve sous la pression d’un arbitrage délicat entre accroître la pression fiscale pour maintenir le train de vie de l’État sans pour autant asphyxier le secteur privé déjà en souffrance.














