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Tenue africaine obligatoire : des sanctions pour un tissu, et pour les détournements ?

Par décision gouvernementale, le port de la tenue traditionnelle africaine est désormais obligatoire chaque vendredi pour l’ensemble des agents de la fonction publique gabonaise, sous peine de sanctions disciplinaires immédiates. Cette mesure, présentée comme un levier de réappropriation culturelle et de valorisation de l’identité nationale, sera appliquée par l’administration avec un zèle et une rigueur managériale qui tranchent singulièrement avec la passivité habituelle des corps de contrôle de l’État.

L’introduction de sanctions administratives pour un manquement d’ordre purement vestimentaire suscite l’incompréhension générale au sein de l’opinion publique. Alors que les usagers des administrations font face quotidiennement à l’absentéisme, à la lenteur bureaucratique et au phénomène persistant du racket dans les services publics, l’exécutif choisit de concentrer sa rigueur sur l’uniforme des fonctionnaires. Cette sévérité sélective démontre une inversion totale des priorités dans l’agenda de restauration des institutions.

Un message désastreux

Ce zèle répressif devient intenable lorsqu’on le compare à l’impunité dont continuent de jouir les auteurs de crimes économiques d’envergure nationale. Les scandales de détournements de fonds publics, de surfacturations de marchés et de détournements de lignes budgétaires se succèdent sans que l’appareil judiciaire ne déploie la même célérité pour sanctionner les coupables. Le message envoyé au contribuable est désastreux : l’administration se montre impitoyable pour un refus de porter le pagne, mais d’une grande mansuétude face aux prédateurs des deniers publics.

LIRE AUSSI : Gabon : bientôt une prime vestimentaire pour financer la tenue africaine ?

Cette focalisation sur la discipline vestimentaire agit comme une stratégie de diversion politique face aux urgences structurelles du pays. Le week-end précédant la mise en œuvre de cette mesure, la SEEG (Société d’Énergie et d’Eau du Gabon) privait d’électricité des dizaines de quartiers de Libreville simultanément, confirmant la faillite technique des infrastructures énergétiques nationales. Gouverner un pays en crise en édictant des codes vestimentaires contraignants relève de l’amateurisme politique.

Le respect de l’autorité de l’État ne se décrète pas par ordonnance couturière, il se gagne par l’efficacité des services publics et l’impartialité de la justice. En menaçant les agents publics pour des questions de tissu tout en maintenant un voile d’opacité sur l’utilisation des grandes lignes budgétaires, l’exécutif fragilise sa propre crédibilité. La véritable urgence nationale n’est pas de vêtir les fonctionnaires en tenue africaine le vendredi, mais de s’assurer qu’ils cessent de piller les caisses de l’État tous les autres jours de la semaine.

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