Le 17 février 2026, la Haute Autorité de la Communication (HAC) a ordonné la suspension immédiate des principaux réseaux sociaux (Facebook, TikTok) sur l’ensemble du territoire national. Cette mesure dite « conservatoire » prive des centaines de milliers de Gabonais de leurs canaux d’information et d’expression quotidiens, et même d’activités génératrices de revenus. Bien que l’exécutif invoque une hausse des dérives informationnelles et la protection de l’unité nationale, l’ampleur et la brutalité de la coupure révèlent une profonde fébrilité institutionnelle.
Cette décision intervenait dans un climat social marqué par la multiplication des mouvements de grève au sein des ministères et de la fonction publique, notamment chez les enseignants. Historiquement, le contrôle du cyberespace a toujours été le baromètre de la peur des gouvernements en place à Libreville face au risque de contagion de la contestation. On a encore pu l’observer en août 2023.
En bloquant les plateformes de coordination, le gouvernement tentait de neutraliser la structuration des colères citoyennes. Pour tenter d’éteindre l’incendie diplomatique provoqué par cette censure, le ministère de la Communication réunissait le corps diplomatique en mars 2026 pour justifier cette mesure.
L’argumentaire gouvernemental s’est alors éparpillé, allant de la menace sécuritaire globale à des justifications sanitaires sur la santé mentale des jeunes. Cette multiplication de prétextes hétéroclites peine à masquer la réalité : le pouvoir craint l’effet amplificateur du numérique sur les revendications sociales.
Sur le plan macroéconomique, ce blackout numérique prolongé inflige des pertes sèches quotidiennes à l’économie gabonaise et aux nombrrux entrepreneurs qui vivent d’Internet et du numérique. Les secteurs de la fintech, du commerce en ligne et des services, en pleine expansion dans la zone CEMAC, se retrouvent asphyxiés. Le coût financier de cette censure, supporté par le secteur privé et les jeunes entrepreneurs, démontre que le gouvernement est prêt à sacrifier la dynamique économique pour garantir son confort politique.
À l’approche des grandes échéances de la Ve République, l’exécutif promet une révision du Code de la communication et un cadre restrictif dédié aux réseaux sociaux. Cette annonce confirme que la suspension actuelle n’est pas un simple incident de parcours, mais le prélude à un verrouillage structurel de l’espace public numérique. En refusant le débat contradictoire sur internet, le pouvoir accélère le fossé entre ses promesses de restauration démocratique et la réalité de ses pratiques autoritaires. A quand la levée de la mesure ?














