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L’abandon de MGV ou le grand gâchis industriel du textile gabonais

L’obligation du port de la tenue africaine le vendredi aurait pu constituer un puissant levier de croissance économique si le Gabon avait conservé son outil industriel. Au cœur de cette chaîne de valeur détruite figure la Manufacture Gabonaise de Vêtements (MGV), l’ancienne usine textile fleuron du pays qui assurait jadis la confection industrielle des tenues scolaires, des uniformes administratifs et des vêtements professionnels, ainsi que Sotega (Société de Textile du Gabon). L’abandon de ces structures industrielles illustre l’absence totale de vision économique à long terme des régimes successifs.

Aujourd’hui, les bâtiments historiques de la MGV à Libreville et de la Sotéga, qui faisaient la fierté du secteur manufacturier gabonais, sont à l’état de ruine totale et se sont transformés en un repère de squatteurs au vu et au su des autorités pour un fantôme pour l’autre. Plutôt que d’initier un plan de réhabilitation et de modernisation de ces usines en amont de la mesure présidentielle, l’État a choisi d’ignorer ces actifs industriels stratégiques. Ce renoncement condamne le pays à dépendre entièrement des circuits informels et extérieurs pour satisfaire la demande générée par sa propre réglementation.

Fondée en 1968 avec l’appui financier de la Banque Européenne d’Investissement, la Société Industrielle Textile du Gabon (SOTEGA) incarnait l’ambition d’un Gabon tourné vers la transformation locale et l’industrialisation. Dès le début de ses activités, en dans les années 60, l’usine s’impose comme l’un des symboles du tissu industriel national, capable de produire à son apogée plus de 6,4 millions de mètres de textile par an. Derrière ces chiffres, il y avait des emplois, des savoir-faire, une chaîne de valeur locale et l’espoir d’une économie moins dépendante des matières premières.

Mais comme tant d’autres fleurons industriels africains, la SOTEGA n’a pas résisté aux bouleversements économiques et aux choix politiques des décennies suivantes. Aujourd’hui réduite au silence, la SOTEGA est devenue le symbole d’un rendez-vous manqué avec l’industrialisation.

Une question de cohérence économique

Si la MGV avait été relancée, la décision du « Vendredi Africain » aurait permis d’injecter des milliards de fcfa directement dans l’appareil productif national, créant des centaines d’emplois industriels stables pour la jeunesse et structurant une filière coton-textile intégrée dans la sous-région. Une telle démarche aurait eu une cohérence économique : utiliser la commande publique et la réglementation d’État pour rebâtir le tissu industriel local et capter la valeur ajoutée de bout en bout.

En l’état actuel, la mesure présidentielle se traduit par une fuite massive de capitaux hors du circuit économique formel gabonais. Les flux financiers générés par l’achat massif de pagnes profitent essentiellement aux réseaux d’importation de tissus d’Afrique de l’Ouest, d’Europe ou d’Asie, tandis que la confection est déléguée à un secteur artisanal informel incapable de générer des recettes fiscales significatives pour l’État. Le Gabon crée la demande réglementaire, mais offre la richesse industrielle à l’étranger.

MGV : symbole du paradoxe économique gabonais ?

L’abandon de la MGV est le symbole du paradoxe économique gabonais. Un pays qui légifère de manière agressive sur des concepts de souveraineté culturelle, mais qui a méthodiquement détruit ou laissé pourrir les outils industriels permettant d’assumer cette souveraineté sous les régimes précédents. Forcer les agents publics à se vêtir de tissus importés devant les ruines de leur propre manufacture nationale est une contradiction économique majeure qui résume l’échec des politiques d’industrialisation du pays sous l’ère Bongo.

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