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Milliards de la relance : qui encaisse vraiment l’argent depuis la Transition ?

Depuis le coup d’État d’août 2023, le gouvernement a annoncé la mobilisation et l’injection de plusieurs centaines de milliards de fcfa destinés au Plan de développement et de relance économique. Le Plan National de Développement de la Transition (PNDT) affiche ainsi une enveloppe globale de 3 600 milliards de fcfa sur la période 2024-2026. Qu’il s’agisse du financement des chantiers routiers d’urgence, de la restructuration du secteur énergétique ou des dotations directes aux provinces, la manne financière affichée est inédite, à l’image du budget national arrêté à 6 358,2 milliards de fcfa pour l’exercice 2026. Toutefois, l’impact réel de ces flux de capitaux sur le tissu économique national demeure invisible pour la majorité des opérateurs locaux.

L’analyse des circuits d’attribution des marchés publics sous l’ère de la Transition révèle une forte concentration de la commande publique autour d’un nombre restreint de grands groupes et de nouvelles entités apparues dans le sillage du pouvoir militaire. Selon les données internes de la Direction Générale des Marchés Publics (DGMP), les procédures dérogatoires (gré à gré et consultations restreintes) ont représenté plus de 72% des contrats signés pour les chantiers d’urgence pendant la Transition et au-délà, se situant bien au-dessus du plafond légal de 15% recommandé par les standards communautaires. Malgré les promesses de priorisation des Petites et Moyennes Entreprises (PME) nationales pour stimuler l’emploi local, moins de 8% du volume financier global de ces marchés a été capté par des PME gabonaises indépendantes, laissant les barrières d’accès aux grands contrats hermétiques pour le tissu entrepreneurial traditionnel.

Réalité de la relance par la base

Cette concentration des flux financiers pose la question de la réalité de la relance par la base. Alors que les caisses de l’État se vident, les arriérés de l’État vis-à-vis des entreprises locales (BTP, prestations de services) s’élevaient encore à près de 450 milliards de fcfa. Le secteur privé local continue de souffrir de tensions de trésorerie aiguës, tandis que les banques de la place financière de Libreville observent une hausse de 12% des créances en souffrance en un an, reflétant l’assèchement des sous-traitants nationaux exclus de la redistribution des budgets de la Transition au profit de prestataires de services et de cabinets de conseil internationaux.

Quid de l’équilibre de la dette souveraine ?

Sur le plan budgétaire, cette injection massive de liquidités s’effectue au détriment de l’équilibre de la dette souveraine. L’encours global de la dette publique du Gabon a grimpé pour atteindre environ 8 547 milliards de fcfa, propulsant le ratio d’endettement à 86,1% du PIB selon les récentes projections du FMI, loin devant le seuil de tolérance de la CEMAC fixé à 70%. Le Gabon continue de solliciter de manière agressive le marché financier régional de la BEAC pour émettre des titres publics à des taux de rendement de plus en plus onéreux, oscillant entre 6,5% et 8,25%. Cette stratégie de relance par l’endettement aggrave la vulnérabilité macroéconomique du pays à moyen terme, sans que la contrepartie en création de richesse nationale ne soit formellement établie sur le terrain.

Absence d’un mécanisme indépendant d’audit

Deux ans après le début de la Transition, l’absence d’un mécanisme indépendant d’audit et de suivi en temps réel de l’utilisation des fonds de la relance alimente le doute au sein des instances financières internationales. Sur les 63 milliards de fcfa de dotations directes alloués aux provinces (7 milliards de fcfa par gouvernorat), les missions de contrôle n’ont pu tracer l’exécution physique des chantiers qu’à hauteur de 22% des montants décaissés. Le peuple gabonais est en droit de demander des comptes : si des milliards sont effectivement décaissés chaque mois pour la restauration du pays, l’explication du maintien de l’économie dans une stagnation structurelle réside dans la destination réelle de ces flux financiers, qui semblent s’évaporer dans les circuits habituels de captation de la rente par les élites au pouvoir.

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