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Libreville : entre cherté du kérosène et rêve de hub, le Gabon perd Turkish Airlines

Le départ annoncé de Turkish Airlines pour le 15 juin 2026 n’est pas qu’une simple perte de ligne aérienne ; c’est un désaveu cinglant pour la stratégie de « hub » vantée par les autorités de Libreville. Comment prétendre devenir le carrefour tournant de l’Afrique Centrale quand le carburant avion (Jet A-1) à l’Aéroport Léon Mba (ADL) figure parmi les plus onéreux du continent ? Ce paradoxe structurel met en lumière une déconnexion entre les ambitions de puissance régionale et une réalité fiscale qui étouffe les transporteurs internationaux.

La raison du départ de la compagnie turque, bien que drapée dans des termes diplomatiques de « recentrage stratégique », se trouve en réalité dans les réservoirs. Pour un transporteur opérant des vols long-courriers, le coût du kérosène représente environ 30 % des charges d’exploitation. À Libreville, entre les monopoles de distribution et les taxes de stockage, faire le plein est devenu un luxe que Turkish Airlines, malgré sa résilience légendaire, n’est plus prête à payer, préférant réallouer ses appareils vers des cieux plus cléments comme Luanda ou Kigali.

Cette situation est d’autant plus ironique que le pays multiplie les annonces de grands travaux logistiques, à l’instar du projet portuaire Kobe-Kobe. On veut attirer les navires et les trains, mais on laisse s’envoler les avions. Le hub aérien gabonais est aujourd’hui pris en étau : d’un côté, une volonté politique d’ouverture et de diversification, et de l’autre, une administration fiscale et des prestataires pétroliers qui traitent l’aérien comme une rente immédiate plutôt que comme un levier de croissance à long terme.

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En plus du kérosène, c’est toute la structure de coûts de l’ADL qui est pointée du doigt. Les redevances aéroportuaires et les taxes de sûreté, cumulées à une faible fluidité des services au sol, finissent de dégrader la rentabilité des lignes. Pour les usagers, ce retrait signifie une hausse mécanique des prix sur les compagnies restantes et une perte de souveraineté dans les déplacements vers l’Eurasie, forçant les investisseurs du bois et des mines à des détours coûteux via l’Éthiopie ou le Maroc.

Le Gabon se retrouve donc à un carrefour. Pour sortir de cette position inconfortable « entre deux chaises », une réforme radicale de la fiscalité aéroportuaire et une libéralisation réelle du marché du kérosène sont impératives. Sans quoi, le ciel gabonais continuera de se vider de ses acteurs les plus dynamiques, transformant le rêve de hub en un simple mirage pour passagers en attente.

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