C’est un séisme dans le secteur minier qui vient de se produire à Nairobi. En s’offrant 5 % du capital de la holding Eramet, Libreville ne se contente plus de percevoir des taxes : l’État gabonais s’assoit désormais dans le fauteuil du propriétaire à Paris. Décryptage d’un coup de force stratégique qui change tout avant le grand virage de 2029.
Pendant trois décennies, nous avons regardé passer les trains de minerai avec le sentiment de ne toucher que les miettes d’un festin décidé à Paris. C’est terminé. En devenant actionnaire direct d’Eramet (la maison-mère), le Gabon quitte son statut de simple « pays hôte » pour devenir un État-Patron. Avec ce ticket de 5 %, Libreville entre dans le cercle très fermé des décideurs. Désormais, aucune orientation stratégique du géant minier mondial ne se fera sans la voix du Gabon. C’est la fin de l’asymétrie : nous ne sommes plus seulement dans la mine, nous sommes dans le Conseil d’Administration.

Pourquoi ce mouvement maintenant ? La réponse tient en quatre chiffres : 2029. Le président de la République l’a martelé : « à compter de cette date, plus un seul gramme de manganèse brut ne quittera le sol gabonais ». Pour tenir ce pari industriel fou, il fallait un levier politique total sur Eramet. En étant actionnaire de la holding, le Gabon dispose désormais d’un droit de veto moral et financier pour exiger que les investissements massifs soient fléchés vers nos usines de Moanda, et non ailleurs. C’est le verrouillage de notre souveraineté industrielle.
Modernisation musclé
Tout le monde le sait chez nous : le minerai est riche, mais le rail est fatigué. La Setrag est au cœur de cet accord de Nairobi. La montée au capital s’accompagne d’un plan de modernisation musclé pour notre infrastructure ferroviaire. L’enjeu est vital : pour transformer localement, il faut un transport fluide et performant. En étant « à l’intérieur » du groupe, l’État pourra s’assurer que chaque franc investi par Eramet serve réellement à reconstruire ce poumon économique national qu’est le Transgabonais.
Après le rachat spectaculaire d’Assala dans le pétrole, cette intégration dans les mines confirme la nouvelle doctrine : Le Gabon aux Gabonais. Ce n’est pas une nationalisation sauvage, c’est une montée en puissance intelligente et capitaliste. Libreville est en train de réinventer le partenariat Afrique-France. En mixant patriotisme économique et présence sur les marchés boursiers internationaux, le pays se positionne comme le nouveau leader industriel de la sous-région.














