Le Gabon a franchi une étape majeure dans sa quête de souveraineté économique. À compter du 1er janvier 2029, l’exportation de manganèse brut sera interdite. Cette annonce faite par le Chef de l’État lors du Conseil des ministres de ce vendredi 30 mai 2025 marque une volonté politique claire : sortir du modèle extractif de rente pour entrer dans une ère de transformation locale des ressources naturelles. Avec une production annuelle estimée à 4,8 millions de tonnes en 2023, le pays est le deuxième producteur mondial, derrière l’Afrique du Sud, mais reste encore faiblement transformateur.
Le manganèse représente environ 13% des exportations minières du Gabon, générant près de 400 milliards de fcfa de recettes par an, mais avec une faible valeur ajoutée locale. L’interdiction programmée de l’exportation à l’état brut vise à corriger ce déséquilibre. Elle oblige les opérateurs à investir dans des unités de transformation locales (fonderies, alliages, batteries) pour capter une part plus importante de la chaîne de valeur, dont les marges se situent en aval du processus.
Trois ans pour basculer vers l’industrialisationUne période transitoire de trois ans, courant jusqu’en 2028, est accordée aux entreprises du secteur pour adapter leur modèle. Cela signifie un volume d’investissements potentiels estimé à plus de 1000 milliards de fcfa, selon les standards de mise en place d’unités métallurgiques de taille moyenne en Afrique. La SNBG (Société nationale des bois et du Gabon), qui détient une participation dans plusieurs projets miniers, pourrait être appelée à jouer un rôle de catalyseur.
Cette stratégie s’inspire directement de la politique de valorisation du bois, dont l’exportation à l’état brut a été interdite en 2010. Depuis, le nombre d’unités de transformation est passé de 80 à plus de 140, et les exportations de produits bois transformés ont triplé entre 2010 et 2020. Une dynamique similaire pourrait faire passer la contribution du secteur minier transformé à plus de 1 200 milliards de fcfa par an d’ici 2030, contre moins de 500 milliards aujourd’hui.
Au-delà de l’enjeu industriel, cette mesure constitue un test de crédibilité pour l’État dans sa capacité à faire respecter ses décisions, accompagner les investisseurs et structurer une véritable politique industrielle. L’État devra notamment renforcer l’attractivité des zones économiques spéciales, améliorer l’accès à l’électricité industrielle (moins de 20% des sites miniers sont aujourd’hui électrifiés de façon stable) et adapter le régime fiscal aux investissements lourds.














