Le président Oligui Nguema l’affirme lui-même : l’audit de la dette n’est pas une punition du FMI, mais une « exigence envers soi-même ». On appréciera l’élégance du geste qui consiste à demander une loupe pour observer un gouffre de 80% du PIB, héritage d’une gestion passée que l’on finit par assumer faute de pouvoir l’effacer. C’est l’histoire d’un pays qui redécouvre ses factures avec l’étonnement d’un héritier face à un testament truffé de dettes de jeu.
Le chiffre de 3 142 milliards de fcfa mobilisés depuis 2023 donne le tournis, mais il sert surtout à justifier la lenteur des autres chantiers. Difficile de construire des ponts quand on passe ses journées à rembourser les tréteaux de ses prédécesseurs. La confiance des marchés, illustrée par la baisse du spread, est le nouveau trophée à brandir, même si le citoyen de Kinguélé, lui, attend toujours que son propre « spread » quotidien diminue.
L’accord de mai avec le FMI est présenté non comme un aveu de faiblesse, mais comme un « acte de maturité ». On ne va plus à Washington pour mendier, mais pour « co-construire ». Une nuance sémantique qui transforme une mise sous tutelle technique en une collaboration de prestige entre experts de la haute finance.
Pourtant, la « sanctuarisation des projets prioritaires » reste la promesse phare. Le défi sera de convaincre les technocrates de Washington que construire une villa en L ou un Palais des congrès est aussi « prioritaire » que de stabiliser la balance des paiements. La rigueur budgétaire est un costume étroit que le Gabon tente de porter sans déchirer les coutures sociales.
À l’an 2 de son magistère, le Président joue une partition complexe : montrer les muscles face aux créanciers tout en leur ouvrant les comptes. La transparence est devenue la nouvelle diplomatie. Reste à savoir si, une fois l’audit terminé, les squelettes trouvés dans le placard de la dette seront assez polis pour ne pas effrayer les derniers investisseurs.














