Gabon : 5 295 milliards fcfa pour protéger la pierre de Mbigou, une anomalie majeure dans le PNCD?

Le Plan national de croissance et de développement (PNCD) 2026-2030 du Gabon comporte une inscription financière particulièrement étonnante : 5 295 milliards fcfa pour un projet consacré à la protection de la pierre de Mbigou en indication géographique. Ce montant, inscrit à la page 198 des annexes financières, représente près de 19,4 % des 27 245 milliards fcfa d’investissements envisagés sur cinq ans. Il dépasse très largement les enveloppes prévues pour plusieurs programmes consacrés à l’agriculture, à la pêche et au tourisme. Son ampleur soulève une question fondamentale sur la fiabilité du chiffrage publié dans le document national de planification.

La programmation présente une répartition régulière de cette enveloppe sur trois exercices budgétaires. Le PNCD inscrit 1 765 milliards fcfa en 2026, une somme identique en 2027, puis encore 1 765 milliards en 2028. Le projet est intégré au programme de transformation locale des minerais, dans la composante consacrée aux impacts socioéconomiques durables. À titre de comparaison, l’ensemble du programme de souveraineté alimentaire et nutritionnelle représente 424,7 milliards fcfa, tandis que la promotion du tourisme, de l’écotourisme et du tourisme d’affaires mobilise 18,9 milliards fcfa dans les mêmes annexes.

La pierre de Mbigou appartient au patrimoine artisanal gabonais. Exploitée et travaillée notamment dans la Ngounié, elle fait l’objet d’activités de sculpture et de valorisation culturelle. Le PNCD prévoit sa protection en indication géographique, un dispositif destiné à renforcer la reconnaissance d’un produit associé à son territoire d’origine. Cette politique rejoint les orientations du plan en faveur de l’artisanat, de la promotion des savoir-faire locaux et de la valorisation du patrimoine culturel. Cependant, l’inscription de 5 295 milliards fcfa au titre de cette seule opération présente un écart considérable avec les autres investissements individualisés dans le document.

Cette différence apparaît également à l’intérieur du secteur minier. Les complexes de production d’alliages disposent d’une programmation totale de 113,2 milliards fcfa, contre 141,5 milliards pour les complexes de production d’agglomérés. Le coût inscrit pour la protection de la pierre de Mbigou représente ainsi près de 21 fois le montant cumulé de ces deux catégories d’installations industrielles. Le même tableau prévoit 6 000 milliards fcfa pour l’exploitation du fer de Bélinga après 2030. Autrement dit, l’enveloppe affichée pour l’indication géographique de la pierre de Mbigou se rapproche, dans les chiffres du PNCD, de celle d’un gigantesque projet d’exploitation de minerai de fer.

Une telle disproportion appelle une vérification du montant et de l’unité de compte utilisés dans l’annexe financière. Une erreur matérielle de saisie pourrait expliquer l’écart, mais cette hypothèse doit être confirmée par les services chargés de la planification nationale. Les 5 295 milliards fcfa constituent donc, à ce stade, une inscription figurant dans le document publié, et non une dépense validée ou engagée. L’importance de cette anomalie dépasse le seul projet artisanal : elle concerne la cohérence des tableaux financiers sur lesquels reposent les projections d’investissement et de transformation économique du Gabon à l’horizon 2030.

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