Le secteur minier gabonais vient de franchir un pallier avec la montée au capital de la junior canadienne Millennial Potash, qui détient désormais 80 % du projet Banio. Cette transaction, déclenchée par une mise à jour des ressources estimées à 648 millions de tonnes, illustre une stratégie d’accaparement de gisements stratégiques par des capitaux étrangers. Alors que le Gabon cherche à diversifier ses revenus hors-pétrole, le passage de témoin quasi total à un opérateur privé soulève la question de la part réelle de l’État dans la gouvernance de la rente future.
L’enjeu financier immédiat réside dans l’option d’acquisition des 20 % restants, que le groupe canadien pourra lever d’ici fin 2026 après la finalisation de l’étude de faisabilité définitive (DFS). Si cette option est exercée, le gisement de Mayumba deviendra, de facto, une enclave sous contrôle canadien total. Pour le marché mondial des engrais, Banio représente un actif de « classe mondiale » ; pour le Gabon, le défi sera de transformer cette souveraineté concédée en emplois réels et en développement d’infrastructures locales pérennes.
Techniquement, la teneur moyenne de 15,7 % en chlorure de potassium place le projet dans une fourchette de rentabilité très attractive pour les investisseurs nord-américains. L’accélération du calendrier, avec une demande de permis minier prévue dès 2027, montre l’empressement de Millennial Potash à passer en phase d’exploitation. Cette célérité est portée par un marché mondial de la potasse en tension, où le Gabon pourrait devenir un acteur émergent capable de concurrencer les géants d’Europe de l’Est.
Cependant, cette montée au capital souligne le manque de moyens de la Société Équatoriale des Mines (SEM), qui n’a pas pu ou voulu exercer un droit de préemption pour maintenir une minorité de blocage significative. Ce retrait progressif de l’État dans les phases amont des projets miniers laisse la porte ouverte à une gestion principalement dictée par les dividendes boursiers à Toronto plutôt que par les impératifs de développement national à Libreville.














