C’est un véritable coup de tonnerre qui secoue le landerneau des affaires à Libreville. En mettant la main sur les actifs de Colas Gabon, filiale du géant français Bouygues, la holding locale ACK S.A. (maison-mère de Mika Services), pilotée par l’homme d’affaires Alain-Claude Kouakoua, signe ce que les observateurs appellent déjà « le casse du siècle ». Ce rachat stratégique survient au moment où le secteur des Bâtiments et Travaux Publics (BTP) affiche une santé insolente : selon la dernière note de conjoncture de la DGEPF, le chiffre d’affaires du secteur a bondi de 61,8 % au quatrième trimestre 2025, atteignant un sommet historique de 123,4 milliards de fcfa.
En s’emparant de l’ogre Colas, Mika Services ne récupère pas seulement un nom, mais un carnet de commandes en or massif de 76 milliards de fcfa, verrouillé lors du forum économique de Paris en 2024. Ce portefeuille inclut des chantiers vitaux pour la Transition, tels que la réhabilitation de l’axe Bifoun-Lambaréné et la modernisation des voiries de Franceville. Pour Mika Services, déjà leader dans la logistique lourde, cette acquisition permet une intégration verticale inédite : le groupe contrôle désormais toute la chaîne, de l’extraction des agrégats dans les carrières héritées de Colas jusqu’à la pose de l’enrobé, sur un marché où la demande en matériaux sature les capacités de production nationales.
Ce coup de maître est rendu possible par un alignement de planètes financier exceptionnel. Jamais les banques locales n’ont été aussi proactives, portées par une masse monétaire qui a grimpé à 3 452,1 milliards de fcfa à fin décembre 2025. Avec des crédits à l’économie en hausse de 27,3 %, l’opérateur local a pu mobiliser les ressources nécessaires pour racheter une multinationale française présente depuis 76 ans sur le sol gabonais. Dans un contexte de désinflation marquée (0,1 % au 4ème trimestre), cette prise de contrôle permet à ACK S.A. de sécuriser des marges confortables sur des contrats publics d’envergure, loin de l’érosion monétaire qui paralyse d’autres marchés de la sous-région.
L’impact de cette opération dépasse la simple transaction commerciale. Elle marque l’avènement d’un champion national capable de dicter ses règles. En absorbant l’outil industriel de Colas, Mika Services neutralise la concurrence étrangère sur les segments les plus rentables du BTP. Pour les équipes de Colas, le passage sous pavillon gabonais, prévu pour l’été 2026, promet le maintien des acquis sociaux, mais impose surtout une nouvelle culture de résultat, ultra-réactive.














