Le naufrage du Prospector 5 sur le permis Dussafu Marin pose une question qui dépasse l’urgence des secours : comment garantir la sécurité des travailleurs dans un secteur essentiel aux revenus du Gabon ? Dans un communiqué signé de son secrétaire général, Sylvain Mayabi Binet, l’Organisation nationale des employés du pétrole (ONEP) demande des enquêtes transparentes, un renforcement des contrôles et des mesures concrètes de protection. Pour le syndicat, la continuité des activités pétrolières ne peut se construire au prix de vies humaines.
L’accident du 24 octobre 2026 implique un appareil de forage appartenant à Borr Drilling, engagé sur le permis exploité par BW Energy. Sur les 115 personnes présentes, 110 ont été mises en sécurité et cinq restaient non localisées dans les communiqués des entreprises des 25 et 26 octobre. Selon l’ONEP, il s’agit de trois Gabonais, d’un Croate et d’un Indien, dont le décès est évoqué par des témoins sans être confirmé dans ces communications officielles. Le syndicat exprime sa « profonde compassion aux familles des personnes disparues ainsi qu’aux rescapés » et appelle les travailleurs « à la solidarité et à la sérénité ».
Une urgence humaine, des conséquences économiques
À court terme, l’ONEP demande la poursuite des recherches, une prise en charge médicale et psychologique des rescapés ainsi qu’un accompagnement des familles des disparus. Les trois Gabonais recherchés sont, selon elle, ses adhérents. Après des emplois précaires auprès de prestataires, ils avaient obtenu un contrat à durée indéterminée chez Borr Drilling en mars 2024, avec une centaine de collègues, à la suite d’une mobilisation syndicale sur la mise à disposition du personnel.
Le drame expose également les entreprises à des perturbations opérationnelles. BW Energy précise que la production de l’installation MaBoMo était arrêtée conformément aux procédures accompagnant les préparatifs de forage, sans dommage ni rejet nocif signalé depuis cette installation. Si l’interruption se prolonge ou si les prochains forages sont décalés, les revenus de l’opérateur, les commandes aux sous-traitants et les recettes publiques pourraient en subir les effets. Aucun montant de perte ne peut toutefois être établi à ce stade. L’ONEP rappelle le principe devant guider la réponse : « aucun impératif économique ou opérationnel ne saurait prévaloir sur la vie, la santé et la sécurité des travailleurs ».
Des contrôles renforcés et des syndicats associés
L’organisation soutient l’activation d’une cellule de crise, mais réclame la participation des syndicats représentatifs. Elle invoque le tripartisme défendu par l’Organisation internationale du travail (OIT), c’est-à-dire un dialogue réunissant gouvernement, employeurs et travailleurs. Elle demande aussi une enquête technique permettant d’identifier les causes et d’établir les responsabilités, puis la publication de ses conclusions. Cette transparence doit permettre de comprendre les défaillances éventuelles et de corriger les pratiques, sans préjuger des responsabilités.
Au-delà de cet accident, l’ONEP formule trois demandes structurelles : réexaminer les dispositifs de prévention et de sécurité de toutes les installations pétrolières, terrestres et maritimes, avec les syndicats ; adopter les textes réglementaires nécessaires à l’application du titre IV du Code du travail, consacré à la sécurité et à la santé au travail ; renforcer les compétences des agents de la Direction générale des hydrocarbures chargés des contrôles techniques. « Les codes du travail se succèdent, malheureusement les textes d’applications ne suivent jamais », déplore-t-elle. À moyen terme, ces mesures nécessiteraient des moyens humains et financiers, mais pourraient limiter les interruptions d’activité et les coûts des accidents.
Bécuna, un précédent qui exige des réponses
Le syndicat rappelle également l’explosion survenue le 20 mars 2024 sur la plateforme Bécuna de Perenco Oil & Gas Gabon, où six travailleurs avaient perdu la vie pendant une opération de maintenance d’un puits. Il réclame la publication des conclusions des enquêtes administrative, technique et judiciaire, ainsi qu’un bilan des aides apportées aux rescapés et aux familles. Il demande surtout que le gouvernement présente les réformes tirées de ce drame pour prévenir de nouveaux accidents.
À long terme, l’enjeu concerne la crédibilité de l’industrie pétrolière gabonaise. Dans le golfe de Guinée, où les projets dépendent de capitaux, d’équipements et de prestataires internationaux, des contrôles fiables peuvent soutenir la confiance des investisseurs. À l’inverse, des accidents répétés risquent d’alourdir les coûts et de dégrader les relations sociales. La perspective d’une activité plus sûre repose désormais sur des enquêtes rendues publiques, des règles applicables et des contrôleurs suffisamment formés. Comme le souligne l’ONEP : « La sécurité au travail n’est pas une option. C’est un droit fondamental et une responsabilité collective. »













