L’exploitation du gisement de fer de Bélinga, l’un des projets miniers les plus ambitieux du Gabon, est évaluée à 6 000 milliards fcfa dans les annexes financières du Plan national de croissance et de développement (PNCD) 2026-2030. Pourtant, la totalité de cette enveloppe est positionnée après 2030. Le tableau consacré au programme intégré de transformation locale des minerais affiche des montants nuls pour chacune des années 2026, 2027, 2028, 2029 et 2030. Ce décalage entre l’horizon du plan quinquennal et la programmation du projet soulève des interrogations sur le calendrier de développement de ce gisement stratégique.
Situé dans le nord-est du pays, Bélinga occupe une place centrale dans la stratégie de diversification minière gabonaise. Son développement s’inscrit dans une politique destinée à valoriser les réserves de fer, à développer les exportations minières et à favoriser leur transformation locale. À travers le PNCD, les autorités souhaitent dépasser le modèle traditionnel d’exportation de matières premières brutes en développant des capacités industrielles nationales. Cette orientation suppose des investissements considérables dans l’exploitation des gisements, mais également dans les infrastructures ferroviaires, énergétiques et portuaires nécessaires à leur fonctionnement.
Le dispositif logistique envisagé illustre l’ampleur de cette transformation. Le PNCD identifie une ligne ferroviaire de 230 kilomètres entre Bélinga et Booué, destinée à raccorder le gisement au réseau national. Il prévoit également un prolongement de 600 kilomètres entre Booué et Mayumba, où les autorités envisagent le développement d’un port en eau profonde et d’un pôle industriel. Ces investissements constituent des composantes essentielles du futur corridor minier. L’acheminement des minerais vers les installations de transformation et les terminaux d’exportation dépendra de la coordination entre les différents projets ferroviaires et portuaires.
En parallèle, le gouvernement affiche l’ambition de mobiliser plus de 20 milliards de dollars d’investissements dans les infrastructures liées à la logistique minière d’ici 2032. Cette stratégie repose sur les capitaux privés, les partenariats public-privé et les concessions, avec l’ambition de créer de nouvelles activités industrielles autour des ressources du sous-sol. L’exploitation du fer de Bélinga s’inscrit dans cette perspective de long terme. Son inscription financière après 2030 traduit cependant un horizon d’investissement différent de celui des cinq années couvertes par le PNCD.
Le cas de Bélinga illustre ainsi la différence entre les ambitions industrielles et leur traduction dans la programmation quinquennale. Alors que le PNCD projette une croissance moyenne de 7,3 % des activités hors pétrole entre 2026 et 2030, l’un de ses plus importants projets miniers individualisés est financièrement positionné au-delà de cette période. Cette répartition ne préjuge pas des investissements engagés par ailleurs, mais elle distingue les retombées attendues du programme de transformation économique des dépenses inscrites pour l’exploitation de Bélinga. Le calendrier de ce projet sera déterminant pour apprécier sa contribution effective à la diversification minière du Gabon.













