Dans la nébuleuse Satram-EGCA, la société Alogis apparaît comme une entité pivot et suspecte. Selon la note sur le concordat consultée par notre rédaction, Alogis ne possèderait « aucun actif réel », ce qui constitue un séisme comptable. Le gap est vertigineux : le groupe affiche un passif exigible de 42,5 milliards de fcfa face à un actif réalisable estimé à seulement 25,3 milliards. Ce « trou » de 17 milliards interroge sur la « sincérité des déclarations » des dirigeants et sur la destination finale de la valeur réelle du groupe.
La stratégie de « vidage de substance » semble être la méthode opératoire : les dettes sont restées dans les entités historiques (Satram, EGCA) tandis que les actifs rentables auraient migré vers des entités tierces ou des SCI. Les travailleurs dénoncent une « manœuvre orchestrée » pour échapper au paiement des 15 milliards de dettes salariales. Le rôle du juriste Marlène Essola est ici spécifiquement remis en cause dans les témoignages, notamment sur la rétention d’informations cruciales concernant l’« état du patrimoine inventorié ».
Cette opacité est totale : aucun « PV de conseil d’administration » (Question n°4) ni « compte-rendu de CO.DI.R. » (Question n°8) n’est accessible aux parties prenantes. En privant les instances de contrôle et les délégués de ces documents, la direction s’assure un huis clos total sur ses décisions stratégiques. C’est dans cette zone d’ombre que se seraient décidés les transferts de fonds et les priorités de paiement, loin des besoins vitaux des employés qui voient leur outil de travail s’évaporer.
Pour l’administration fiscale (selon le Document Impôts : Demande de documents), la traque est lancée. Le fisc exige désormais des explications sur les relations financières entre ces « coquilles » et la maison-mère, demandant les contrats de travail des dirigeants et les conventions de trésorerie. La stratégie d’Alogis, si elle est confirmée comme un instrument de dissimulation d’actifs, pourrait constituer le chef d’accusation principal d’une procédure pour banqueroute organisée et détournement de biens sociaux.
L’existence d’entités sans actifs réels au sein d’un groupe autrefois si puissant est l’aveu d’un démantèlement planifié. Chaque document manquant et chaque PV dissimulé sont autant de preuves d’une gestion qui a préféré l’ombre à la transparence. Le temps où Alogis pouvait servir d’écran de fumée touche à sa fin, car les chiffres, eux, ne mentent pas : on ne peut pas faire disparaître 30 milliards d’actifs matériels sans laisser de traces indélébiles.














