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Oligui Nguema face aux défis du pouvoir : entre souveraineté, justice et promesses de transformation

Deux ans après avoir pris les rênes du Gabon à la faveur du coup d’Etat du 30 août 2023, Brice Clotaire Oligui Nguema poursuit son exercice de pédagogie politique. Dans un entretien accordé à France 24 le 2 juin dernier, le chef de l’État a abordé sans détour les principaux dossiers qui structurent son mandat. Des relations avec la France aux ambitions économiques du pays, en passant par les affaires judiciaires et les enjeux énergétiques, le président a cherché à rassurer autant qu’à convaincre.

Cette sortie médiatique intervient dans un contexte où les attentes des populations restent particulièrement fortes. Face aux difficultés quotidiennes liées à l’accès à l’eau potable, à l’électricité ou encore à l’emploi, le pouvoir est désormais jugé davantage sur ses résultats que sur les espoirs suscités par la transition politique. L’interview apparaît ainsi comme une opération de clarification destinée à fixer le cap des sept prochaines années.

Une souveraineté assumée mais pragmatique

Sur le plan diplomatique, Brice Clotaire Oligui Nguema a défendu une approche équilibrée de la souveraineté nationale. En annonçant sa visite d’État en France prévue le 20 juillet prochain, il a voulu démontrer que le renforcement de l’indépendance du Gabon ne signifiait pas une rupture avec ses partenaires historiques. Un positionnement qui tranche avec les tensions observées dans plusieurs pays du Sahel où les relations avec Paris se sont fortement dégradées.

La question du départ des Forces françaises du Camp de Gaulle illustre cette volonté de réappropriation progressive des symboles nationaux. En affirmant que Libreville n’a pas « chassé » les militaires français mais simplement accompagné une décision de Paris, le président tente d’éviter toute lecture idéologique du dossier. Le changement de nom du camp constitue néanmoins un geste politique fort qui traduit une volonté de rompre avec certains héritages de l’époque coloniale.

Justice et héritage du régime Bongo

L’autre volet sensible de cet entretien concernait les procédures judiciaires visant Sylvia Bongo et Noureddin Bongo Valentin. En rejetant fermement les accusations de torture formulées contre les autorités gabonaises, le président cherche à préserver l’image d’un pouvoir qui se veut respectueux de l’État de droit. Son argumentation repose sur la légitimité acquise lors d’un changement de régime présenté comme pacifique.

Au-delà des questions politiques, le président a surtout voulu projeter une vision de long terme. Son engagement à respecter l’intangibilité de la Constitution et son refus affiché de toute « dynastie Oligui » répondent à une préoccupation récurrente en Afrique centrale.

Plus révélatrice encore est sa distinction entre Ali Bongo Ondimba et son entourage immédiat. En présentant l’ancien président comme un dirigeant affaibli par la maladie et marginalisé dans la prise de décision, Brice Clotaire Oligui Nguema tente de construire un récit politique qui dissocie l’ex-chef de l’État des dérives attribuées à son cercle familial. Une stratégie qui vise à éviter une fracture durable au sein de la société gabonaise tout en justifiant les poursuites engagées.

Le test des résultats économiques

Au-delà des questions politiques, le président a surtout voulu projeter une vision de long terme. Son engagement à respecter l’intangibilité de la Constitution et son refus affiché de toute « dynastie Oligui » répondent à une préoccupation récurrente en Afrique centrale, où les modifications constitutionnelles sont souvent perçues comme des instruments de conservation du pouvoir. En se positionnant comme garant des nouvelles règles du jeu démocratique, il tente de renforcer sa crédibilité institutionnelle.

Mais le véritable test de son mandat sera économique. La promesse de mettre fin aux délestages grâce à de nouvelles centrales thermiques d’ici juillet 2027, l’annonce d’un futur accord avec le Fonds monétaire international et surtout l’objectif de transformer localement le manganèse à l’horizon 2029 constituent les principaux marqueurs de son projet. En affirmant que le minerai ne quittera plus le territoire sans transformation si cet objectif n’est pas atteint, le président place la barre très haut.

Cette ambition traduit une volonté de rompre avec le modèle économique fondé sur l’exportation de matières premières brutes. Reste désormais à transformer les déclarations en réalisations concrètes. Car au-delà des discours et des engagements, c’est sur sa capacité à améliorer durablement les conditions de vie des Gabonais et à réussir l’industrialisation du pays que Brice Clotaire Oligui Nguema sera véritablement jugé au terme de son septennat.

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