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Gabon : entre Libreville et les héritiers Duval, le divorce est consommé chez Eramet

L’annonce du retrait de la famille Duval marque le point de rupture d’une relation historique devenue de plus en plus toxique entre Libreville et le premier actionnaire d’Eramet. Ce désengagement n’est pas qu’un arbitrage financier ; il est le point d’orgue d’un conflit larvé sur la gouvernance. Le limogeage brutal du directeur général en février dernier, opéré sous la pression des Duval malgré les réserves de l’État gabonais, a été perçu par les autorités de la Transition comme une rupture de l’esprit de collégialité qui prévalait jusqu’alors au sein de la Comilog.

Derrière les portes closes du conseil d’administration, le malaise est profond. Les autorités gabonaises reprochent à la famille actionnaire une vision court-termiste, centrée sur la préservation du patrimoine familial au détriment de la vision industrielle à long terme du pays. Pour Libreville, les Duval n’incarnent plus le partenaire stratégique capable de porter les ambitions de « Gabonisation » des cadres dirigeants et de montée en puissance de l’expertise locale, préférant une gestion centralisée depuis Paris qui semble déconnectée des réalités de terrain à Moanda.

Le pivot stratégique d’Eramet vers les métaux de la transition énergétique (Lithium, Nickel) a également fini par lasser le partenaire gabonais. Alors que le manganèse de la Comilog assure la quasi-totalité de l’EBITDA du groupe, Libreville voit d’un mauvais œil ses profits massivement réalloués pour éponger les pertes de projets miniers lointains et incertains. Cette asymétrie financière a alimenté le sentiment que le sous-sol gabonais servait de « vache à lait » pour une famille Duval cherchant à masquer ses échecs stratégiques sous d’autres latitudes.

Désormais, le gouvernement n’entend plus rester spectateur du changement d’actionnariat. Le retrait des Duval ouvre une fenêtre pour exiger une réorganisation profonde de la gouvernance de la filiale locale. Libreville pourrait conditionner son agrément à l’entrée d’un nouveau partenaire à des engagements fermes sur le maintien des sièges décisionnels au Gabon et à une autonomie accrue de la Comilog vis-à-vis des décisions unilatérales de la holding parisienne.

Le départ des Duval est perçu à Libreville comme une opportunité de « décolonisation » financière. La quête du prochain « chevalier blanc » ne se fera pas sans l’aval du palais de la Rénovation, qui entend profiter de ce vide laissé par l’actionnaire historique pour placer des partenaires plus en phase avec les impératifs de souveraineté nationale et de développement industriel local.

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