Une ligne. Le communiqué officiel lui consacre une ligne. « La mise en place d’un guichet unique visant à simplifier les procédures commerciales et portuaires. » Formulé ainsi, ça ressemble à une modernisation administrative parmi d’autres. C’est en réalité le point le plus dangereux politiquement de toute la mission d’Abu Dhabi.
Dangereux parce qu’un guichet unique portuaire fonctionnel, c’est la fin d’un système. Pas d’une inefficacité. D’un système. Celui qui fait vivre, depuis des années, une chaîne d’intermédiaires dont la seule utilité est de naviguer dans une complexité administrative qu’ils contribuent eux-mêmes à entretenir. À Owendo, les délais se négocient. Les dossiers avancent ou stagnent selon des logiques qui n’ont rien à voir avec la réglementation officielle. Tout le monde le sait. Personne ne le dit dans les réunions officielles.
Introduire la transparence dans cet environnement ne se fait pas par décret. Ceux qui vivent de l’opacité ne disparaissent pas parce qu’on a signé un accord à Abu Dhabi. Ils résistent autrement par le sabotage technique, par l’enlisement réglementaire, par la multiplication de conditions préalables qui retardent indéfiniment la mise en œuvre.
C’est le sort réservé à la plupart des réformes portuaires en Afrique centrale. Elles s’annoncent, elles se célèbrent, et elles meurent dans les commissions interministérielles sans que personne n’endosse jamais la responsabilité de leur échec. KEZAD peut livrer un guichet unique. L’opérateur émirien en a déployé dans des contextes bien plus hostiles. Ce n’est pas la compétence technique qui manquera.
C’est plutôt la volonté politique de tenir la ligne quand les pressions commenceront et elles commenceront dès que le premier bénéficiaire d’une rente établie réalisera que la réforme est sérieuse. Le communiqué d’Abu Dhabi a posé l’intention sur la table. Ce qui se passe maintenant dans les bureaux d’Owendo sera bien plus révélateur que ce qui s’est dit dans les salles de réunion des Émirats.














