Gabon : la délégation secrète de Perth, ou comment Libreville tente de reprendre la main sur Belinga

Une partie de la délégation gabonaise, au retour de la visite d’État de Brice Clotaire Oligui Nguema en France, n’a pas regagné Libreville. Elle a mis directement le cap sur Perth, au siège de Fortescue, révèle Gabonreview dans une enquête publiée le 23 juillet. Aucun communiqué n’a annoncé ce déplacement, resté distinct de la visite officielle d’Hermann Immongault des 27-29 juillet largement médiatisée. Trois portefeuilles y étaient représentés : le vice-président du gouvernement Immongault, le ministre des Mines Sosthène Nguema Nguema et le ministre de l’Industrie et de la Transformation locale Lubin Ntoutoume, une concentration inhabituelle de pouvoir exécutif sur un seul dossier minier.

L’origine du différend est documentée par des faits publics et datés. Le 13 décembre 2025, Andrew Forrest avait présenté au chef de l’État un schéma d’exploitation intégré, confiant à Fortescue seul la mine, les 535 kilomètres de voie ferrée, le port en eau profonde de Kobé-Kobé et le barrage de Booué. Ce schéma a volé en éclats le 23 avril 2026, lorsque l’État gabonais a signé une convention tripartite avec Africa Global Logistics et la banque Algest Investment Bank, confiant à AGL la réalisation du port. Le reste du périmètre a lui aussi été redistribué : China Railway pour le rail, EDF et Sinohydro pour l’énergie, Trafigura pour la commercialisation. Fortescue s’est ainsi retrouvé dépossédé de trois des quatre volets de son projet initial.

Selon Gabonreview, citant des sources concordantes, cette décision reposerait sur deux logiques assumées côté gabonais. La première tient au calendrier : le projet est dans les mains de Fortescue depuis 2023 sans que la centrale hydroélectrique, le chemin de fer ou le port n’aient été engagés. La seconde tient au précédent Comilog. Selon l’enquête, l’expérience du dossier Eramet, où la maîtrise intégrée de la mine, du Transgabonais et du terminal d’Owendo aurait donné à l’opérateur un levier dans les négociations sur la transformation locale du manganèse, aurait directement inspiré la doctrine appliquée à Belinga. Une source gouvernementale citée par Gabonreview résume la nouvelle ligne : « Aucun opérateur n’aura plus les pleins pouvoirs sur une infrastructure gabonaise. »

Le renversement est d’autant plus significatif qu’il inverse le modèle même sur lequel Fortescue s’est construit. Dans le Pilbara australien, le groupe a bâti sa propre voie ferrée de 620 kilomètres jusqu’à Port Hedland, ses postes à quai et sa flotte de minéraliers, pour compenser un minerai de teneur moyenne (57%) par la maîtrise totale de la chaîne logistique. À Belinga, où le minerai affiche une teneur supérieure (65%), Fortescue se retrouve à l’inverse dépendant du rail de China Railway, du port d’AGL, de l’énergie d’EDF-Sinohydro et de la commercialisation de Trafigura, soit la position exacte dont il lui a fallu dix ans pour s’extraire en Australie.

C’est ce dossier qui aurait été porté à Perth. Selon Gabonreview, Fortescue aurait soumis à la partie gabonaise un projet de protocole d’accord réintroduisant, dans le volet infrastructures, un opérateur chinois choisi par le groupe australien lui-même, une manière pour Libreville de lire un retour en arrière sur l’arbitrage d’avril. La position gabonaise, toujours selon l’enquête, tiendrait en une ligne : si un acteur chinois doit intervenir dans le montage, il doit signer avec l’État, pas avec Fortescue. Aucune confirmation officielle de ces négociations n’a pour l’instant été communiquée par Libreville ni par Fortescue.

le coup de coeur

Derniers Articles

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img