Le même rapport de la CNUCED qui a permis d’ètablir un stock d’IDE douze fois supérieur au PIB du pays, livre un second chiffre tout aussi frappant, qui concerne cette fois les capitaux que le Gabon aurait placés hors de ses frontières. Selon l’Annex table 2 du WIR 2026, le stock d’IDE sortant du Gabon passe de 79 millions de dollars en 2024 à 32 553 millions de dollars en 2025, soit une multiplication par plus de 400 en une seule année.
Le stock sortant mesure l’encours cumulé des investissements qu’un pays détient à l’étranger, via ses entreprises, ses fonds souverains ou ses institutions publiques. Un montant de 32,5 milliards de dollars placés hors du pays représenterait, selon les estimations du FMI et de la Banque mondiale sur le PIB gabonais de 2025 (19,8 à 20,4 milliards de dollars), davantage que la totalité de la richesse produite par le Gabon en une année entière. Aucune entité gabonaise connue, publique ou privée, ne dispose d’une capacité d’investissement extérieur de cette ampleur.
La comparaison régionale accentue encore l’anomalie. Toujours selon la CNUCED, le stock d’IDE sortant du Cameroun s’élève à 637 millions de dollars en 2025, celui du Congo à 302 millions. Le chiffre attribué au Gabon serait ainsi environ 51 fois supérieur à celui du Cameroun, première économie non pétrolière de la CEMAC, et plus de cent fois supérieur à celui du Congo. Pour la République centrafricaine, le Tchad et la Guinée équatoriale, le rapport indique des données non disponibles (« .. ») sur cette période, ce qui rend la comparaison d’autant plus déséquilibrée en faveur du seul chiffre gabonais.
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Comme pour le stock entrant, ce chiffre porte la mention « c » (estimation) dans le rapport de la CNUCED, et rien dans le document ne permet d’identifier l’opération ou l’entité à l’origine de cette variation. L’hypothèse la plus plausible reste celle d’une écriture comptable liée à une restructuration de participations dans le secteur extractif plutôt qu’un mouvement réel de capitaux gabonais vers l’étranger, mais elle reste à ce jour une hypothèse, non une conclusion.
Cette anomalie mérite d’être versée au débat public gabonais au même titre que celle du stock entrant. Un pays ne « investit » pas à l’étranger un montant supérieur à son PIB sans que cela laisse une trace identifiable dans sa balance des paiements. Il revient aux autorités monétaires et statistiques de confirmer ou d’infirmer ce chiffre, et le cas échéant d’en expliquer publiquement l’origine.













