Gabon : 1 000 milliards fcfa d’actifs, quatre patrons en trois ans et des faiblesses de gouvernance, le FGIS toujours en quête de stabilité

Le Fonds gabonais d’investissements stratégiques change une nouvelle fois de direction. Avec la nomination d’Ismaël Libizangomo le 18 septembre 2026, quatre responsables se sont succédé à la tête du bras investisseur de l’État depuis octobre 2023 : Stéphane Mbadinga Ditengou, Persis Lionel Essono Ondo, Serge Brice Ngodjou puis Ismaël Libizangomo. Le rythme est inhabituel pour une institution dont les investissements s’inscrivent par définition dans des horizons longs. Le Conseil des ministres acte le remplacement de Serge Brice Ngodjou sans expliquer les motifs de ce nouveau changement.

L’enjeu financier dépasse largement une question de personnes. Le FGIS affiche 1,89 milliard de dollars d’actifs suivis, soit autour de 1 000 milliards de fcfa, dont 500 millions de dollars d’actifs sous gestion directe. Le Fonds indique également que 85 % de la valeur de son portefeuille est générée au Gabon et que ses investissements couvrent dix secteurs. Il est surtout le gestionnaire exclusif du Fonds souverain de la République gabonaise et intervient dans des domaines allant des infrastructures au financement des PME, en passant par plusieurs participations stratégiques.

Les interrogations sur sa gouvernance sont antérieures aux changements de dirigeants actuels. Dans son diagnostic économique sur le Gabon, la Banque mondiale rapporte qu’un audit du FGIS réalisé en 2021 avait identifié d’importantes faiblesses dans la gouvernance, l’organisation et la gestion des investissements. L’État s’était alors engagé à améliorer le fonctionnement du Fonds, à renforcer la surveillance des entreprises publiques et à mieux séparer les comptes du FGIS de ceux de l’État. Ces constats montrent que la question de la stabilité actuelle s’ajoute à des difficultés structurelles déjà identifiées plusieurs années auparavant.

La responsabilité ne peut donc pas être imputée uniquement aux directeurs généraux qui se succèdent. L’État détermine le cadre institutionnel, nomme les dirigeants et organise la tutelle du Fonds. Après le changement de régime de 2023, le FGIS a d’ailleurs été déplacé de la Présidence vers le ministère de l’Économie afin, selon le rapport américain sur le climat des investissements, d’améliorer le contrôle de ses investissements. La même source relevait encore un déficit d’informations publiques sur ses investissements et l’absence d’adhésion aux Principes de Santiago applicables aux fonds souverains.  Le FGIS affirme de son côté avoir engagé en 2024 une restructuration destinée notamment à renforcer sa transparence et sa gouvernance.

Le quatrième changement de patron en moins de trois ans intervient ainsi alors que le Fonds doit simultanément gérer plusieurs centaines de milliards de fcfa d’actifs, améliorer ses mécanismes de gouvernance et démontrer la continuité de sa stratégie d’investissement. Pour l’État actionnaire comme pour les dirigeants successifs, la question devient mesurable : publication régulière des comptes, rendement des participations, résultats des investissements, traçabilité des décisions et stabilité des orientations. Avec environ 1 000 milliards de fcfa d’actifs suivis, le FGIS ne manque pas de taille. Les changements répétés à sa direction et les faiblesses déjà documentées placent désormais la continuité de sa gouvernance au centre du dossier.

le coup de coeur

Derniers Articles

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.

spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img
spot_img