Depuis plusieurs semaines, le débat sur les 1 000 milliards de fcfa prétendument investis dans la SEEG depuis le 30 août 2023 tourne en rond. D’un côté, les chiffres officiels portés par l’UDB, le parti du président Oligui Nguema, dans un communiqué daté du 20 juin 2026. De l’autre, l’analyse projet par projet d’un document de source gouvernementale consulté par nos confrères de Gabon Review, qui ramène le total à 509 milliards recensés, dont seulement 79 milliards effectivement décaissés entre 2023 et 2025, une fois soustraits les projets antérieurs au 30 août 2023 et les centrales thermiques encore en chantier. Cet écart est réel. Mais il masque une question plus fondamentale que personne n’a encore posée : de quoi sont faits ces 1 000 milliards ?
Parmi les projets emblématiques du portefeuille SEEG figure le contrat signé en avril 2025 avec le groupe français Suez, doté de 200 millions d’euros et bénéficiant du soutien de l’État français via un financement à taux préférentiel. En clair : un prêt extérieur, pas une dépense budgétaire. Ce financement est contracté par un État dont la dette publique dépasse déjà 8 600 milliards de fcfa, sans mécanisme solide de remboursement indexé sur la performance du service. Présenter une ligne de crédit extérieure comme un « investissement de l’État » revient à agréger des natures de financement radicalement différentes : dépenses directes du Trésor, apurement de dettes fournisseurs, garanties d’État et prêts concessionnels. Le chiffre de 1 000 milliards ne distingue pas. Cette confusion n’est pas anodine pour un pays en cours de négociation avec le FMI sur la soutenabilité de ses finances publiques.
Deuxième angle, plus grave : un Contrat d’Objectifs et de Performance a été signé en mars 2024, assorti de mécanismes de suivi et de contrôle. Ce COP existe donc depuis plus de deux ans. Ses indicateurs de performance, ses clauses de pénalité et son garant institutionnel n’ont jamais été rendus publics. Et c’est le parti présidentiel lui-même qui, en juin 2026, est contraint de sommer la direction de la SEEG d’un « sursaut de responsabilité », reconnaissant implicitement que le dispositif de pilotage contractuel a failli. La SEEG a par ailleurs connu trois directeurs généraux depuis 2023, sans que le bilan de chaque mandat ne soit soumis au débat public.
Le tableau d’ensemble est saisissant. Des ménages ayant réglé leurs frais de branchement patientent depuis des mois voire des années sans recevoir leur compteur d’eau ou d’électricité, dans une entreprise qui se prévaut pourtant d’une commande de 127 000 unités. Les délestages et les coupures d’eau persistent dans les grands centres urbains. Et le seul instrument juridique censé garantir l’efficacité des milliards engagés, le COP, reste un document confidentiel dont personne ne publie le bilan. Un contrat de performance sans redevabilité publique n’est pas un outil de gouvernance à ce stade.














