L’annonce du soutien de la famille Duval à l’augmentation de capital du groupe Eramet marque une étape cruciale pour l’avenir de la Comilog au Gabon. Dans un contexte où le bilan du groupe a été sévèrement secoué par les pertes de l’exercice 2025, cette injection de capital est présentée comme un acte de confiance. Pourtant, derrière la rhétorique de l’engagement de long terme, cette opération ressemble surtout à une mesure de « sauvetage » pour préserver la notation financière du groupe et sa capacité d’emprunt sur les marchés internationaux.
Pour le Gabon, partenaire stratégique via sa participation dans Comilog, les enjeux sont doubles. Si cette recapitalisation permet de « blinder » le bilan, elle doit impérativement se traduire par une accélération des investissements structurels à Moanda. L’opinion publique et les autorités attendent que ce nouveau souffle financier ne serve pas uniquement à rassurer les actionnaires parisiens, mais qu’il garantisse la pérennité des emplois et la montée en puissance de la transformation locale du manganèse, véritable levier de valeur ajoutée.
Cependant, ce « blindage » financier pose la question du renouvellement de la stratégie. En réaffirmant le contrôle de la famille fondatrice, Eramet choisit la continuité. Cette stabilité est un atout face à la volatilité des cours des métaux, mais elle peut aussi freiner les réformes nécessaires pour améliorer l’efficacité opérationnelle. Le défi pour la partie gabonaise sera de s’assurer que ce statu quo managérial ne devienne pas un obstacle à une gouvernance plus transparente et plus axée sur les performances environnementales et sociales.
La recapitalisation est un soulagement comptable, mais pas encore une victoire industrielle. Le succès de cette opération se mesurera à l’aune de la capacité d’Eramet à transformer ces 328 milliards FCFA en levier de croissance réelle pour le sous-sol gabonais. À l’heure où la concurrence mondiale sur les métaux critiques s’intensifie, le Gabon ne peut plus se contenter d’un partenaire financier solide ; il a besoin d’un moteur industriel capable de transformer ses ressources en développement durable.














