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Gabon : le paradoxe de l’e-administration, ou quand la caisse va plus vite que le service

Dans la course à la digitalisation engagée par Libreville, une hiérarchie implicite semble s’être imposée : la priorité absolue au recouvrement. Qu’il s’agisse du nouveau permis de conduire ou des titres d’identité, l’infrastructure de paiement par Mobile Money affiche une efficacité redoutable. En quelques clics, l’usager s’acquitte de ses frais, et le Trésor public voit ses comptes crédités instantanément. C’est le triomphe de la « Fintech régalienne » : le prélèvement ne connaît plus de temps mort, ni de déperdition physique.

Pourtant, une fois la transaction validée, le « miracle numérique » s’arrête brusquement aux portes du guichet. Si le paiement est une autoroute, la délivrance du service reste un chemin de croix administratif. Files d’attente persistantes, ruptures de stocks de consommables ou systèmes d’enrôlement en maintenance : l’usager se retrouve dans une situation schizophrène où il a payé pour une modernité qu’il ne reçoit qu’au compte-gouttes. L’efficacité du clic de paiement ne contamine pas encore le traitement du dossier.

Ce décalage révèle une stratégie de numérisation à deux vitesses. D’un côté, une technologie de pointe pour sécuriser les recettes de l’État ; de l’autre, une bureaucratie qui peine à muer. Le risque est de voir l’e-administration réduite à une simple pompe aspirante financière. Pour le citoyen, la pilule est amère : l’argument de la « modernisation » sert à justifier des tarifs élevés et des paiements immédiats, sans que la contrepartie en termes de qualité de service ne soit garantie dans les mêmes délais.

Car le contrat social du numérique repose sur une promesse de célérité globale. Si l’État se montre d’une efficacité chirurgicale pour prélever, il se doit d’être tout aussi performant pour délivrer. Transformer l’administration en une plateforme de paiement fluide est une étape nécessaire pour assainir les finances publiques, mais ce n’est pas une fin en soi. Sans une réforme profonde des processus de production administrative, le numérique risque d’être perçu comme un simple outil de pression fiscale déguisé en progrès technique.

Le véritable examen de passage pour le Gabon sera de synchroniser ces deux horloges. L’administration doit passer du statut de « caissier numérique » à celui de « fournisseur de services agile ». Cela implique que les 5 milliards de fcfa attendus de la digitalisation des permis ne servent pas uniquement à équilibrer les comptes, mais soient réinvestis dans la fluidité du parcours usager. La numérisation ne sera un succès que lorsque le délai de réception du document s’alignera enfin sur la vitesse du paiement Mobile Money.

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