La Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC) ne dévie pas de sa trajectoire. Malgré une pression sans précédent sur les liquidités régionales, l’institut d’émission a choisi de plafonner strictement son intervention hebdomadaire du 31 mars 2026 à 400 milliards de fcfa. En ignorant délibérément près de 95 milliards de fcfa de demandes non satisfaites, le Gouverneur Yvon Sana Bangui confirme une doctrine de fermeté monétaire visant à juguler une inflation tenace par la rareté du cash.
Cette orthodoxie se heurte toutefois à une réalité de terrain brutale : le taux de souscription a bondi à 123,68 %, témoignant d’un assèchement des trésoreries bancaires. Les dix établissements ayant participé à l’adjudication ont dû batailler pour capter les ressources disponibles, portant le montant total des offres exprimées à près de 495 milliards de fcfa. Ce rationnement opéré par la banque centrale agit comme un puissant frein à la distribution de crédits, renchérissant mécaniquement le coût du loyer de l’argent pour l’économie réelle.La hiérarchie des taux reflète d’ailleurs cette nervosité.
Si le Taux d’intérêt des appels d’offres (TIAO) reste ancré à 4,75 %, le taux marginal s’est hissé à 4,82 %. Plus révélateur encore, certaines banques, aux abois, ont proposé des taux allant jusqu’à 5,00 % pour garantir leur refinancement. Cette « prime de pénurie » montre que les opérateurs anticipent un maintien, voire un durcissement, des conditions de liquidité à court terme.Sur le front du marché interbancaire, les signes de dysfonctionnement s’accumulent.
Le Taux Moyen Pondéré (TIMP) de référence à 7 jours culmine désormais à 6,00 %, un niveau bien supérieur aux guichets de la banque centrale. Ce spread de 1,25 % souligne l’inexistence d’une solidarité de place : les banques préfèrent conserver leurs excédents ou les prêter à prix d’or plutôt que de fluidifier les échanges entre consœurs, aggravant la fragmentation financière de la zone.
Pour la BEAC, l’enjeu est désormais de piloter cet atterrissage forcé sans provoquer de crise systémique. En maintenant le taux de la facilité de dépôt à 0,00 %, elle incite théoriquement à la circulation des capitaux, mais la frilosité l’emporte. La persistance d’une demande de liquidité non servie de près de 100 milliards FCFA place les banques commerciales dans une position délicate, les rendant totalement dépendantes des prochaines injections de la banque centrale pour équilibrer leurs bilans.














