On se croyait les maîtres incontestés de l’or gris. Le Gabon, premier fournisseur de manganèse des États-Unis, indispensable à la transition énergétique de Washington. On pensait que notre sous-sol était notre assurance-vie éternelle. Mais en ce début d’année 2026, la douche est froide, très froide : l’Afrique du Sud est en train de nous faire les poches sur le marché américain. Les acheteurs US, en quête de stabilité absolue, commencent à préférer la fiabilité sud-africaine aux incertitudes chroniques du Transgabonais.
Notre manganèse est excellent, mais il reste bloqué en brousse. Les déraillements à répétition de la Setrag et les goulots d’étranglement au port d’Owendo ont fini par lasser les clients les plus fidèles. En face, le bulldozer sud-africain, malgré ses propres crises, a musclé sa chaîne logistique pour garantir des livraisons « juste à temps ». La bataille ne se joue plus sur la qualité du minerai, mais sur la vitesse à laquelle il arrive dans le Maryland ou au Texas.
L’analyse macroéconomique est implacable : le Gabon est en train de perdre son avantage compétitif par manque d’investissement dans son rail. On a extrait comme des forcenés sans moderniser les tuyaux. Résultat, le coût à la tonne devient prohibitif face à une concurrence qui joue sur les volumes et la régularité. On risque de se retrouver avec des montagnes de minerai que personne ne voudra plus transporter faute d’infrastructure fiable.
Pourquoi ce déni ? Parce qu’on a cru que la géologie était une protection diplomatique. On a pensé que les USA n’avaient pas le choix. C’est ignorer la pragmatique américaine : ils iront là où c’est le plus simple. Le Gabon est devenu « compliqué », l’Afrique du Sud est redevenue « efficace ». C’est un basculement de marché qui pourrait coûter des points de croissance vitaux au budget de l’État dans les prochaines années.
À terme, si le Transgabonais ne fait pas sa révolution technique, le manganèse gabonais sera le grand perdant de la décennie. On regarde passer le train de la transition énergétique mondiale depuis le quai d’une gare en ruine, pendant que l’Afrique du Sud encaisse les dollars de l’Oncle Sam. L’or gris ternit, et c’est tout le budget national qui risque de prendre la poussière.














