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Gabon : Kevazingo : l’opération « Mains Propres » ou le grand blanchiment d’avril ?

Au début du mois d’avril, l’État a lancé en fanfare une opération nationale de recensement des stocks de Kevazingo. Officiellement, l’objectif est d’assainir la filière après les scandales de 2019 et de « reprendre le contrôle » sur cette essence de bois précieuse. On nous promet une transparence totale, des puces RFID sur chaque tronc et une traçabilité digne d’un diamant d’Anvers. On veut montrer aux bailleurs de fonds que le « bad business » est terminé.

Mais ce qui fait grincer les dents des écologistes tourne autour de la question suivante : et si cette opération n’était qu’un gigantesque blanchiment légal ? En recensant les stocks dits « anciens » ou « saisis », on leur donne une existence juridique officielle. Un coup de tampon administratif, et des bois coupés illégalement il y a trois ans deviennent soudainement « traçables » et donc vendables. C’est la magie du blanchiment par l’inventaire : on efface l’origine frauduleuse en la noyant dans une base de données d’État.

L’analyse financière pointe l’urgence de remplir les caisses. Les stocks saisis pourrissent sur les parcs à bois et représentent des dizaines de milliards de fcfa virtuels. L’État a besoin de cash, et le Kevazingo est le distributeur automatique le plus rapide. L’opération « Mains Propres » ressemble fort à une opération « Caisses Pleines ». On vide les stocks pour faire de la place et de l’argent, en évitant soigneusement de demander des comptes à ceux qui ont organisé le pillage initial.

Pourquoi personne ne tombe ? Parce que l’inventaire ne s’occupe pas des coupables, il s’occupe des planches. C’est une amnistie de fait. On « régularise » pour passer à autre chose. Le message envoyé aux trafiquants est désastreux : « Cachez votre bois quelques années, l’État finira par faire un inventaire pour vous permettre de le vendre ». C’est la prime à l’attente illégale.

À terme, le Kevazingo disparaîtra de nos forêts, mais il continuera de briller dans les bilans comptables de quelques privilégiés. L’opération d’avril semble être un tour de passe-passe : on montre la main gauche qui compte les troncs pour que personne ne voie ce que fait la main droite avec les contrats de vente. Le bois sacré est devenu une simple marchandise de régularisation budgétaire.

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