L’aviation civile africaine traverse une zone de fortes turbulences. Alors que le continent est souvent présenté comme la dernière frontière de croissance pour le transport aérien mondial, ses propres compagnies étouffent sous un paradoxe : une demande en hausse, mais une exploitation rendue quasi impossible par une fiscalité asphyxiante. L’actualité récente au Gabon, portée par la sortie vigoureuse de la compagnie nationale FlyGabon, n’est que la partie émergée d’un iceberg qui menace l’ensemble du ciel africain.
Dans un communiqué relayé par le quotidien L’Union, FlyGabon a dénoncé mercredi une pression fiscale jugée « pénalisante » pour le secteur. En pointant du doigt les taxes et redevances aéroportuaires, la compagnie nationale s’érige en porte-voix d’un malaise profond. Cette prise de parole, rare par sa franchise, souligne un danger immédiat pour la mobilité et l’attractivité de la destination Gabon, mais surtout pour la viabilité économique des transporteurs locaux face à des coûts fixes qui s’envolent.
Des taxes qui clouent les ailes au sol
Le contexte mondial ne joue pas en faveur du secteur. Entre tensions géopolitiques mondiales et volatilité du prix du kérosène, les marges des compagnies s’évaporent. FlyGabon avertit : sans mesures d’accompagnement, une « contraction quasi immédiate de la demande » est inévitable. Si rien n’est fait, le passager africain devra soit payer des tarifs prohibitifs, soit faire face à la suppression pure et simple de certaines dessertes, isolant davantage les régions enclavées.
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Face à ces enjeux, l’appel de FlyGabon dépasse les frontières nationales. Elle exhorte l’Aviation civile et les gestionnaires aéroportuaires d’Afrique centrale à une remise en question profonde de leur modèle de rémunération. L’objectif est clair : réduire le niveau des redevances aériennes en vigueur depuis 2022 pour éviter une paralysie totale. Cette demande de « mesures urgentes et coordonnées » reflète une nécessité de survie pour un secteur qui peine à se remettre totalement des chocs successifs de ces dernières années.
Pour une trêve fiscale au service de la mobilité
Concrètement, la compagnie nationale gabonaise demande la suspension de redevances spécifiques, telles que la R4 (liée à GSEZ) et la N7 (ANAC), ainsi qu’un gel de toute nouvelle surcharge pour une durée minimale de 60 jours. Ce plaidoyer pour un allègement des charges vise à protéger le consommateur final. En effet, malgré l’explosion des coûts d’exploitation, FlyGabon a fait le choix audacieux de maintenir ses prix inchangés sur le réseau domestique, privilégiant l’accessibilité au profit immédiat.
Toutefois, cet effort ne pourra être soutenu sans une « mobilisation collective ». L’aviation civile africaine ne peut rester la vache à lait des budgets étatiques si l’on souhaite réellement concrétiser le Marché Unique du Transport Aérien Africain (MUTAA). La survie de la mobilité sur le continent dépendra de la capacité des régulateurs à transformer ces taxes, aujourd’hui perçues comme des barrières, en outils de développement pour une industrie plus résiliente et connectée.














