Le dispositif d’urgence hydrique annoncé le 1er juillet fixait un prix unique de 3 000 fcfa le mètre cube et de 600 fcfa pour un fût de 200 litres, présenté comme largement inférieur aux tarifs pratiqués par les réseaux informels. Le communiqué n°2 du ministre Philippe Tonangoye, daté du 2 juillet, porte ces mêmes tarifs à 4 000 fcfa et 800 fcfa, soit une hausse de 33 % sur chaque palier en moins de deux jours.
Le gouvernement justifie cet écart par l’exonération des taxes municipales, de transport et de commerce appliquée aux nouveaux tarifs. Cette explication n’épuise cependant pas la question posée par la rapidité du changement. Un ajustement fiscal ne se traduit pas mécaniquement par une hausse immédiate de 33 % sur un dispositif présenté deux jours plus tôt comme calibré et solidaire.
L’explication la plus cohérente avec la chronologie des faits est celle d’un prix initial fixé sans concertation avec les opérateurs chargés de l’appliquer sur le terrain. Un tarif imposé depuis un communiqué ministériel, sans validation de sa soutenabilité opérationnelle, s’est révélé inapplicable dès les premières heures, ce qui a contraint l’État à revoir sa grille pour permettre à la distribution de fonctionner réellement.
Ce sont les ménages qui absorbent l’écart né de cette correction. Une famille qui organisait déjà son budget autour d’une double dépense, eau minérale pour la consommation directe et désormais commande auprès des Forces de Défense et de Sécurité pour les usages domestiques, voit cette seconde charge augmenter d’un tiers avant même d’avoir eu le temps de s’ajuster au nouveau système. L’urgence hydrique, présentée comme une mesure de protection tarifaire face à la spéculation, produit ainsi elle-même une inflation de 33 % en quarante-huit heures.
Ce précédent invite à la vigilance sur la suite du dispositif. Si un premier calibrage tarifaire a pu être corrigé aussi rapidement sans étude préalable de soutenabilité, rien ne garantit que la grille actuelle constitue un palier stable. Pour les foyers concernés, la question n’est plus seulement celle du prix affiché, mais celle de sa prévisibilité dans les semaines à venir.














