Gabon : l’eau potable, de mafia criminalisée à monopole d’État ?

Le 1er juillet, l’exécutif présentait les vendeurs d’eau informels comme les membres d’un vaste réseau de commerce illicite, impliquant des agents de la SEEG via sous-traitance, prête-noms et groupements d’intérêts économiques illégaux. Cinquante-cinq véhicules étaient saisis, des installations qualifiées de frauduleuses promises au démantèlement. Le vocabulaire employé, celui du trafic organisé, plaçait ces acteurs du côté de la criminalité économique à éradiquer.

Quarante-huit heures plus tard, cette même activité de vente d’eau à la population devient un service assuré par l’État, désormais confié aux Forces de Défense et de Sécurité, avec une grille tarifaire officielle et des numéros verts dédiés par corps. Le changement de statut est total : ce qui était puni comme un délit devient une mission publique, organisée, revendiquée et présentée comme une protection des populations contre la spéculation.

Ce basculement pose une question de fond sur la nature réelle de l’activité visée le 1er juillet. Si les mêmes véhicules et vraisemblablement une partie des mêmes opérateurs de terrain se retrouvent réintégrés dans le dispositif officiel, la différence entre le « commerce illégal » d’hier et le « service public » d’aujourd’hui tient moins à la nature de l’activité qu’à la main qui la contrôle et qui en fixe le prix.

L’accusation portée contre des agents SEEG, qualifiés de rouages d’un trafic organisé, n’a fait l’objet d’aucune suite judiciaire rendue publique. Sans nom, sans poursuite connue, cette charge reste suspendue, alors même que l’activité qu’elle visait continue, sous une autre autorité, à quelques jours d’intervalle. La rupture entre la répression du 1er juillet et l’organisation du 3 juillet paraît davantage relever d’un changement de gestionnaire que d’une véritable rupture avec le fond du problème.

L’État ne s’est donc pas substitué à un marché illégal en le supprimant, il s’en est approprié la fonction et la structure opérationnelle. La question qui reste posée est celle du diagnostic initial : parlait-on réellement d’une mafia à démanteler, ou d’une filière que l’État a d’abord voulu discréditer avant de la reprendre à son compte, faute d’alternative immédiate.

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