Le Gabon vient d’inaugurer, ce vendredi 3 juillet, son premier data center national, certifié Tier III et porté par ST Digital Gabon dirigée par Laïka Mba. L’événement, présidé par Brice Clotaire Oligui Nguema, a été présenté comme un jalon vers l’indépendance computationnelle du pays. Mais ce satisfecit officiel masque une réalité plus rude : jusqu’à cette inauguration, le Gabon figurait parmi les pays africains les moins dotés en infrastructures de ce type, aux côtés de la Somalie, du Soudan et du Mali, loin derrière l’Afrique du Sud, le Kenya ou le Nigeria qui concentrent à eux seuls plus de 40% des data centers du continent.
Offrir une sécurité numérique locale aux PME et PMI
Le discours du ministre de l’Économie numérique, Mark-Alexandre Doumba, a insisté sur la nécessité de la confiance numérique comme préalable à toute transformation durable, tandis que le ministre de l’Industrie, Me Lubin Ntoutoume, a vanté un nouvel argument commercial pour la Zone d’investissement spéciale de Nkok, désormais capable d’offrir une sécurité numérique locale aux PME et PMI de la zone franche. Reste à savoir si ce discours se traduit en clients réels : aucune indication n’a été donnée sur les administrations, banques ou opérateurs déjà raccordés au nouveau site.

La directrice générale de ST Digital Gabon, Laïka Mba, a profité de la tribune pour appeler l’État à s’appuyer sur les talents nationaux plutôt que sur une main-d’œuvre importée. Un appel qui interroge en creux sur la composition réelle des équipes techniques du site et sur le degré d’implication effective des compétences gabonaises dans sa construction et son exploitation.
La question énergétique reste l’angle mort de cette annonce. Dans un pays confronté à une crise hydrique déclarée d’urgence nationale et à des tensions récurrentes sur le réseau électrique de la SEEG, la fiabilité de l’alimentation d’un data center, infrastructure par nature énergivore, conditionne directement sa crédibilité opérationnelle. Aucune précision n’a été communiquée sur le dispositif d’alimentation dédié ou de redondance prévu pour ce site.

Au-delà du symbole, ce data center s’inscrit dans une logique déjà connue au Gabon : l’annonce d’une infrastructure structurante suivie d’une zone grise sur son exécution concrète. Le pays a rattrapé, sur le papier, un retard continental. Il lui reste à démontrer, dans les mois qui viennent, que cette infrastructure dépasse le stade de la vitrine institutionnelle pour devenir un outil réellement mobilisé par l’administration et l’économie gabonaise.














