Gabon : moins d’écoles, moins de routes, moins d’aides, mais la dette, elle, ne baisse pas

Le PLFR 2026 adopté le 22 mai par le gouvernement se présente comme un exercice de rigueur budgétaire. Les chiffres racontent autre chose. Le budget global est ramené de 6 358 à 5 495 milliards de fcfa, soit une contraction de 863 milliards. Les recettes budgétaires nettes chutent de 879,8 milliards, tirées vers le bas par l’effondrement de plusieurs filières : le caoutchouc recule de 76,9 %, le bois débité de 36,2 %, l’huile de palme de 6,4 %. La croissance, initialement prévue à 6,5 %, est révisée à 4 %. Face à ce tableau, le gouvernement a choisi ses variables d’ajustement. Elles ne touchent pas à la dette.

Les dépenses d’investissement public encaissent la coupe la plus sévère : elles passent de 2 137 à 1 169 milliards de fcfa, soit une chute de 968 milliards. Le gouvernement justifie cette amputation par la déprogrammation de projets sans études de faisabilité. Ce sont donc des routes, des infrastructures scolaires, des équipements de santé qui ne verront pas le jour en 2026. Dans le même mouvement, les aides aux familles sont rabotées de 99 % par rapport aux engagements initiaux, vidant l’un des principaux instruments de redistribution directe de l’État. La protection sociale promise dans les discours officiels disparaît dans les tableaux budgétaires.

Pendant ce temps, la charge de la dette progresse. Les charges financières passent de 419,8 à 487,6 milliards de fcfa, en hausse de 67,7 milliards. Les charges de trésorerie et de financement atteignent 1 336,2 milliards de fcfa, dont 1 309 milliards consacrés au seul amortissement de la dette. Le service de la dette absorbe désormais 61,4 % des recettes de l’État, soit le double du seuil d’alerte fixé par la Banque mondiale. Ce ratio signifie concrètement que pour chaque franc de recette collecté par le Trésor, plus de 60 centimes partent rembourser des créanciers avant que l’État ne puisse financer quoi que ce soit d’autre.

C’est exactement la mécanique que le député Jean Gaspard Ntoutoume Ayi a décrite lors du Débat d’orientation budgétaire du 27 juin : un État qui emprunte pour assurer son équilibre courant, génère des charges d’intérêts qui réduisent les marges à venir, et comprime les dépenses productives pour boucler l’équation. Les chiffres du PLFR 2026 confirment ce diagnostic point par point. Les investissements sacrifiés d’aujourd’hui sont les capacités de croissance perdues de demain. Les aides sociales supprimées aujourd’hui sont un coût politique et humain que les autorités devront assumer.

La question que le PLFR 2026 pose sans y répondre est celle de la sortie. L’emprunt finance le présent au détriment du futur. Les exonérations fiscales accordées en bloc à vingt-quatre sociétés dans le même texte, sans chiffrage de leur coût pour le Trésor, réduisent encore l’assiette que l’État cherche à élargir. Le PLFR a été élaboré en tenant compte des recommandations des Assemblées de printemps du FMI et présenté comme un signal vers un futur programme. Mais les arbitrages réels qu’il contient racontent une trajectoire qui n’est pas encore celle du redressement : moins pour les Gabonais, plus pour les créanciers, et une dette qui, elle, continue de croître.

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