Mines : le Gabon peut utiliser la rivalité États-Unis-Chine pour négocier davantage de transformation

Pendant deux décennies, la Chine a construit une position dominante dans plusieurs chaînes mondiales de minerais critiques. Les États-Unis cherchent désormais à réduire cette dépendance et regardent de nouveau vers l’Afrique. Pour les producteurs comme le Gabon, cette compétition offre quelque chose de plus précieux qu’un nouvel acheteur. Un rapport de force susceptible de permettre aux États africains de négocier non seulement le prix de leurs minerais, mais l’endroit où ils seront transformés. L’Afrique concentre environ 30 % des réserves minérales mondiales mais seulement 10 % des revenus miniers, selon les données citées par Reuters. 

Washington multiplie ainsi les initiatives autour du cuivre, du cobalt, du graphite et des terres rares. Mais la géographie industrielle de plusieurs projets montre les limites de la promesse américaine de transformation locale. Du graphite africain peut être extrait et concentré sur le continent avant de subir une transformation plus poussée aux États-Unis ; le même raisonnement apparaît dans certaines chaînes du cobalt ou des terres rares. Les États-Unis veulent sécuriser l’approvisionnement en minerais africains tout en reconstruisant leurs propres capacités industrielles, tandis que la Chine cherche à préserver l’écosystème de raffinage et de transformation qui lui confère une position dominante. 

Le Gabon possède déjà un minerai placé au cœur de cette compétition : le manganèse. Libreville ne part pas de zéro puisque le pays dispose déjà d’activités de transformation, mais il veut monter d’un cran. L’accord conclu en juillet avec Eramet prévoit l’étude de trois scénarios industriels permettant de transformer jusqu’à 700 000 tonnes de minerai par an au Gabon d’ici fin 2031, avec l’objectif explicite d’alimenter la chaîne des métaux de la transition énergétique. L’énergie nécessaire à ces installations demeure cependant une condition déterminante de leur viabilité. 

Belinga pourrait offrir un deuxième terrain de négociation. À mesure que le fer gabonais se rapproche d’une exploitation à grande échelle, Libreville dispose d’une fenêtre pour définir en amont ce qui devra rester sur son territoire : concassage, enrichissement, agglomération et, à plus long terme, étapes métallurgiques lorsque les conditions énergétiques et économiques le permettent. L’expérience du manganèse montre néanmoins la difficulté de l’exercice : décréter la transformation est relativement simple ; fournir une énergie abondante, une logistique compétitive et des débouchés capables de rendre l’usine rentable l’est beaucoup moins.

C’est à ce moment là que la rivalité sino-américaine peut devenir un instrument de politique industrielle. Au lieu de choisir abstraitement entre Pékin et Washington, le Gabon peut mettre les deux modèles en concurrence autour de critères mesurables : part du minerai transformée au Gabon, niveau technologique atteint localement, infrastructures financées, emplois qualifiés créés et accès des entreprises gabonaises à la chaîne de sous-traitance. Dans la nouvelle course mondiale aux minerais critiques, la meilleure offre pour le Gabon ne sera pas nécessairement celle qui achète le plus de tonnes, mais celle qui laisse le plus de valeur après leur extraction.

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