Crédit bancaire : avec des taux à plus de 21 %, le Gabon paie le prix fort de son financement

Le crédit bancaire demeure l’un des principaux freins à l’investissement et à la consommation au Gabon. Selon les dernières données de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), le pays affichait au quatrième trimestre 2025 le coût du crédit le plus élevé de toute la Cemac, avec un taux moyen de 21,06 %. Un niveau qui interroge sur la capacité du système financier à accompagner efficacement la croissance économique.

Après un pic de 26,04 % enregistré fin 2024, le taux moyen a certes reculé de près de cinq points. Toutefois, il reste largement supérieur à ceux observés dans les économies voisines : 8,38 % au Cameroun, 10,66 % au Congo et seulement 6,49 % au Tchad. Le contraste souligne une singularité gabonaise qui dépasse la seule politique monétaire régionale.

Un financement toujours hors de portée

L’analyse de la BEAC révèle que 43,16 % du coût total du crédit au Gabon provient des frais annexes, contre une moyenne régionale de 31,75 %. Frais de dossier, assurances, garanties, TVA et diverses commissions alourdissent considérablement la facture pour les emprunteurs.

Les particuliers restent les plus pénalisés avec un taux moyen de 26,32 % au quatrième trimestre 2025. Les PME bénéficient d’une légère amélioration à 18,27 %, tandis que les grandes entreprises supportent encore un coût élevé de 26,39 %. Même les administrations publiques voient leurs conditions de financement se durcir avec un taux moyen de 13,38 %.

Un marché concentré et peu concurrentiel

Pour de nombreux observateurs, cette situation traduit les limites d’un marché bancaire fortement concentré. Avec plus de la moitié des parts de marché, BGFIBank domine largement le secteur, devant Union Gabonaise de Banque. Les autres établissements peinent à atteindre 10 % de parts de marché, réduisant l’intensité concurrentielle susceptible de faire baisser les prix.

À court terme, ces taux élevés limitent l’accès au financement des ménages et freinent la création d’entreprises. À moyen terme, ils réduisent les capacités d’investissement productif des PME, pourtant essentielles à la diversification économique. À long terme, le risque est de voir le pays perdre en compétitivité face à des économies africaines où le financement est plus accessible.

Quel avenir pour le crédit au Gabon ?

Dans un contexte international marqué par un coût du capital en baisse dans plusieurs régions du monde, le Gabon apparaît en décalage avec les tendances visant à soutenir l’investissement privé. La poursuite des réformes du secteur financier, l’amélioration de la concurrence bancaire et le développement de solutions alternatives de financement pourraient constituer des leviers de transformation.

L’enjeu dépasse la seule question bancaire : il concerne la capacité du Gabon à financer son industrialisation, soutenir son tissu entrepreneurial et accélérer sa croissance. Sans une réduction durable du coût du crédit, les ambitions de diversification économique risquent de se heurter à une contrainte financière de plus en plus lourde.

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