Libreville vient d’enregistrer une importante saisie d’alcool frelaté : 1 022 cartons de sachets de “Strong Gin” ont été interceptés la semaine écoulée par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). Derrière ce coup de filet, une question dérangeante : comment ces produits parviennent-ils encore à franchir nos frontières et à irriguer les marchés gabonais ?
Selon Élise Ntsame Obame, responsable de la DGCCRF, chaque carton contenait 240 sachets de 50 ml titrant à 45 % d’alcool, conditionnés dans des emballages qui ne sont pas toujours en plastique alimentaire. Une combinaison de facteurs qui expose les consommateurs à des risques graves, allant de l’intoxication à des complications potentiellement mortelles.
Si l’opération répond à une urgence sanitaire, elle met surtout en lumière la facilité déconcertante avec laquelle certains produits pénètrent le territoire gabonais sans aucune autorisation.La filière est pourtant connue : Entrée par voie terrestre, principalement depuis le Cameroun, et transit par le nord du pays, où ces sachets d’alcool sont connus sous le nom de glucosés, en référence à la solution médicale destinée aux perfusions.
Le corridor reliant la frontière camerounaise à Libreville, long de près de 700 km, est pourtant jalonné de postes de contrôle (44 selon une récente enquête de la Banque mondiale), entre police, gendarmerie, douane, et DGCCRF elle-même.
Dès lors une série de questions : que contrôle-t-on réellement sur la route du Nord, tant la multiplication des barrages devrait théoriquement freiner les trafics? Manque-t-on d’outils de détection adaptés ou la multiplication des barrages nourrit-elle, par la complaisance, le trafic qu’elle est censée combattre ? Que laisse-ton passer d’autre? Autant de questions que la seule répression sur les étals de Libreville ne suffit pas à résoudre.
Plusieurs travaux universitaires documentent d’ailleurs d’autres trafics sur ce corridor, dont le passage de migrants clandestins, l’importation de véhicules de plus de 10 ans (interdite au Gabon), la circulation de divers produits de consommation non conformes, etc. La DGCCRF a annoncé son intention de renforcer la surveillance des marchés.
Mais tant que les points d’entrée (terrestres, maritimes, aériens) ne seront pas sécurisés, les opérations sur les marchés de Libreville resteront un combat d’arrière‑garde.Car entre commerce clandestin bien organisé et méconnaissance des risques par une partie des consommateurs, ce qui franchit nos frontières a largement le temps d’être vendu, consommé ou utilisé avant d’être stoppé.














