Gabon : à Banio, le ministre inspecte des carottes de potasse, la Nyanga espère toujours des retombées

Les 5 et 6 juillet, une délégation gouvernementale s’est déplacée sur le site du projet Banio, dans la province de la Nyanga. Parmi les membres, figuraient le ministre des Mines et des Ressources géologiques en personne, accompagné du directeur général de la Géologie et de l’Accompagnement minier, du directeur général de l’Exploitation minière et du gouverneur de la province. Un déploiement protocolaire pour visiter un campement, observer des opérations de forage sur le site BA-006 et assister à une présentation sur les bienfaits des engrais pour la sécurité alimentaire. Le communiqué diffusé par Millennial Potash évoque, sans les chiffrer, « les retombées potentielles qu’un projet de cette envergure peut apporter à la région ». C’est cette phrase, précisément, qui mérite d’être interrogée.

Le projet Banio n’a ni permis minier, ni étude de faisabilité définitive achevée, ni évaluation environnementale et sociale finalisée. La société elle-même l’indique : le programme de forage en cours doit s’achever d’ici la fin de l’année, suivi d’une mise à jour de l’estimation des ressources minérales. L’État gabonais accorde donc une visibilité politique de premier plan, avec déplacement ministériel et présence du gouverneur local, à un projet dont l’évaluation technique n’est pas encore bouclée. Aucune convention locale de développement, aucun engagement chiffré en matière d’emplois, de formation ou d’infrastructures pour la Nyanga n’a été rendu public à ce jour.

Cet empressement politique s’explique aussi par la concurrence régionale. De l’autre côté de la frontière, le Congo-Brazzaville développe son propre projet de potasse dans le bassin du Kouilou, porté historiquement par des acteurs comme Kore Potash sur le site de Sintoukola. Les deux bassins évaporitiques, gabonais et congolais, appartiennent à la même formation géologique atlantique et visent les mêmes débouchés à l’export, notamment le Brésil, gros importateur mondial d’engrais potassiques. Dans ce contexte, chaque signal de soutien institutionnel devient un argument de compétitivité vis-à-vis des investisseurs qui arbitrent entre les deux pays.

La Nyanga reste l’une des provinces les moins dotées en infrastructures du pays. Un projet minier de cette taille, avec des ressources dépassant les 6 milliards de tonnes de potasse, soulève des questions concrètes que ce communiqué n’aborde pas : quelle part de la main-d’œuvre sera recrutée localement, quelles infrastructures seront financées par le projet plutôt que par l’État, quel régime fiscal et de redevances s’appliquera une fois le permis obtenu, et si un accord de partenariat local existe déjà ou reste à négocier.

Le Gabon joue sa place dans une course régionale où la rapidité d’exécution compte autant que la taille du gisement. Mais tant que les engagements concrets envers la Nyanga ne sont pas rendus publics, la visite ministérielle reste un signal adressé aux marchés financiers bien plus qu’une réponse aux attentes locales.

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